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IBM bat un record en stockant 300 Téraoctets sur une bande magnétique

Technologie déjà vieille de plus de 60 ans, la bande magnétique n’a pas dit son dernier mot. Des chercheurs d’IBM ont développé un prototype qui bat tous les records de stockage dans le domaine. La porte ouverte à des grands progrès à venir.

Une technologie toujours présente

Non, la bande magnétique et son lecteur n’ont pas disparu. Souvent placée dans des cassettes pour commodité d’usage, la bande magnétique a longtemps été le moyen le plus sûr de stocker de l’information. Le grand public l’a ainsi connue dès les années 40 avec les magnétophones puis les cassettes audio, plus tard grâce aux fameuses cassettes VHS. Mais depuis une vingtaine d’années les cassettes ont peu à peu disparu de nos vies, remplacées par des technologies plus récentes. CDs et DVDs, puis clés USB et disques durs se sont imposés, rendant tristement inutiles nos vieilles collections.

Mais la bande magnétique a survécu. Car parallèlement à sa dimension commerciale, la bande magnétique a toujours été utilisée en tant que support d’un archivage de masse. Utilisées dès le départ dans le développement de l’informatique, l’économie du secteur a pris grand soin d’en imaginer les modèles les plus performants. Des entreprises, des bibliothèques, mais aussi des grandes institutions ont ainsi archivé, et continuent de le faire, leurs dossiers sur bande magnétique. Aux États-Unis par exemple, c’est ainsi que l’on conserve parfois les fichiers médicaux ou les informations fiscales.

Les vieilles collections de cassettes audio sont aujourd’hui vouées à l’abandon

 

L’aboutissement de décennies de recherches

Le stockage sur bande magnétique a notamment l’avantage de sa durabilité (de 10 à 30 ans). Et de ne pas pouvoir être hackée. Une archive de secours, en somme. Ainsi, malgré l’essor massif du stockage sur le cloud, l’archivage sur bande a poursuivi son chemin, les chercheurs du secteur poursuivant toujours le même but : la miniaturisation et l’augmentation de l’espace de stockage. Parmi ces scientifiques, on retrouve ceux du leader traditionnel l’informatique, IBM. Dès les années 1950 en effet, la firme s’est posée en pointe dans l’archivage sur bande.

Ce n’était donc pas vraiment une surprise lorsqu’une de ses équipes a annoncé avoir, pour la cinquième fois consécutive, battu tous les records dans ce domaine. La capacité de stockage par pouce carré (environ 40 millimètres), n’a cessé d’augmenter ces dix dernières années. Là ou en 2006, la densité n’était que de 6 milliard de bit par pouce, elle est aujourd’hui d’environ 200 milliards ! En d’autres termes, cela correspond à une capacité d’archivage de 8 millions de livres à… 330 millions en seulement 10 ans. Le tout sur des modèles de taille comparable. Les premières bandes d’IBM avaient une densité de l’ordre de 2 mégabits par pouce…

Le centre de stockage par bande d’un musée anglais en 2009.

 

Un cap franchi

L’une des grandes nouveautés introduites cette fois par IBM et Sony (partenaire dans cette invention, par sa filiale de lecteur Sony tape media tech.) est le matériau utilisé. D’immenses progrès ont déjà été accomplis grâce au ferrite de baryum. Ce nouveau type de particule permet de prouesses : meilleure capacité d’enregistrement, résistance à l’oxydation, taille réduite, meilleur rapport signal-bruit, etc. Les scientifiques ont en outre utilisé ici la pulvérisation cathodique, un procédé permettant de déposer ce qu’ils nomment une « couche nano-magnétique » sur le substrat de la bande. Une manière d’améliorer encore ses performances. Le résultat : 330 millions de livres qui tiennent dans la paume de la main.

En outre, comme souvent, pour élaborer un tel modèle de pointe, les équipes ont dû procéder à de nombreuses innovations annexes. Ainsi, la bande est accompagnée d’une technologie de friction qui en prolongera la durée de vie, des nouveaux lubrifiants ou encore des techniques de roulement pour la lecture ont été créées. De quoi préparer le prochain record d’ici deux ans ?

Un pulvérisateur cathodique au Cornell NanoScale Science and Technology Facility.

 

Vers un retour commercial ?

L’un des chercheurs l’explique : « la bande à bombardement cathodique devrait coûter un peu plus cher que la bande en ferrite de baryum utilisée couramment, mais le potentiel de grande capacité rendra le coût par térabit attrayant ». Or, le développement devrait se poursuivre. Mais pour cela, la bande magnétique doit sortir de son rôle d’archivage secondaire ou de duplicata. L’équipe espère bien développer justement des applications en lien avec le cloud.

On aurait donc tort d’enterrer trop vite la cassette. Ce succès, certes dans une niche de haute technologie, nous rappelle que l’innovation dans le domaine de la bande magnétique est bien vivante. Bien que rudement concurrencées par les autres technologies, la robustesse et la durée de vie de la bande ont permis sa résilience. Si le bond technologique actuellement observé se poursuit, il est peut-être possible que cette technologie du passée soit finalement celle du futur.