En 2018, les femmes victimes de violences sont encore méprisées par la police en France

Lancée le 12 mars par le Groupe F, une enquête a recueilli en dix jours, près de 500 témoignages de femmes victimes de violences et dont la prise en charge au moment du dépôt de plainte au commissariat a été accablante.

 

Une prise en charge policière désastreuse

Le Groupe F est déterminé à faire entendre la parole des femmes. Après l’action menée mi-mars pour dénoncer le harcèlement de rue à travers une carte interactive, l’agence non gouvernementale luttant contre les violences faites aux femmes, lance une nouvelle enquête, #payetaplainte. Depuis le 12 mars, et conjointement avec la page Tumblr de témoignages sexistes au sein de la police, Paye ta Police, l’organisation a permis une énorme vague de protestations pour dénoncer la prise en charge policière des femmes victimes de violences et de violences sexuelles.

Les témoignages sont anonymes et sont répertoriés sur une carte interactive au moyen de points de localisation. La carte rouge de points est le témoin consternant de plus de 500 témoignages de femmes ayant porté plainte.

Les résultats sont stupéfiants : dans 91 % des cas, les femmes rapportent une mauvaise prise en charge par la police. Elles révèlent à travers des témoignages incroyables, tantôt des découragements de porter plainte de la part des policiers, tantôt des moqueries, de la culpabilisation et même, dans 21,2 % des cas, de la solidarité avec l’agresseur. Les témoignages les plus fréquents concernent le refus des agents de police de prendre la plainte, acte pourtant formellement interdit par une circulaire de 2001. La banalisation de la violence vient en deuxième position avec des remises en question de la gravité des faits.

Des conséquences graves 

« Il va falloir apprendre à dire non maintenant », propos d’une policière après un dépôt de plainte pour plusieurs viols, « pourtant vous n’êtes pas aguichante, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça sur vous », « vous êtes sûre ? Vous allez lui ruiner la vie, le pauvre ». Tous ces témoignages aussi révoltants qu’effarants émanent d’agents de police de toute la France et ne datent, non pas d’une sombre époque où la parole des femmes importait peu et où les violences sexuelles restaient bien souvent impunies ou non signalées, mais des cinq dernières années.

40 % datent des deux dernières années et nous rappellent bien une chose, il n’est toujours pas évident pour une victime de violences sexuelles ou sexistes de porter plainte. Non seulement, cette mauvaise prise en charge décourage les femmes de porter plainte, mais les conséquences vont au-delà de cette dissuasion. Cela banalise les actes de violence et ne dissuade pas les agresseurs, qui se pensent bien souvent hors de danger.

Bien que le rapport soit plus qu’inquiétant, les auteurs de l’enquête ajoutent toutefois avoir reçu nombre de témoignages de prises en charge bienveillantes et sans jugements. Tout n’est pas noir, et depuis quelques années de nombreux dispositifs ont été mis en place pour améliorer la prise en charge des femmes par les forces de l’ordre. Poussées par des scandales comme l’affaire Weinstein, et des actions comme le hashtag Metoo, de plus en plus de femmes osent porter plainte et faire entendre leurs témoignages. Les chiffres du ministère de l’Intérieur indiquent d’ailleurs une hausse de 12 % des plaintes pour viol en 2017 par rapport à 2016.


L’expression “mettre la pâtée” vient de la bataille de Patay où Jeanne D’Arc a battu à plate couture les Anglais

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