Qu’est-ce que « bien vivre » signifie au fond, et à quoi le mesure-t-on ? Ces questions sont aussi ancestrales que l’humanité elle-même, et personne ne prétend détenir la réponse. Mais une approche psychologique permet de repenser les conditions de l’épanouissement humain et du bon développement de la personnalité.

La quête d’une vie riche, en contradiction avec la quête du bonheur ?

Notre conception de ce qui fait la richesse d’une vie serait en partie antithétique avec notre conception du bonheur. C’est en tout cas ce que conclut une étude américaine qui a été menée cette année par des psychologues des universités de Virginie et de Floride.

Cette étude s’est constituée en trois sondages menés auprès de 1 336 étudiants, avec pour objectif de comprendre ce que les sondés considéraient comme une vie riche et épanouie. La conclusion principale de la recherche est que la plupart des sondés différencient le bonheur et la quête du sens de l’aspect de la richesse psychique d’une vie. La richesse de la vie est généralement associée à des expériences qui sortent de l’ordinaire, qu’ils qualifient comme « variées » et « complexes ».

En somme, c’est au travers d’expériences qui consistent à sortir de sa zone de confort que l’être humain parvient à s’élever psychologiquement. En sortant de sa zone de confort, l’individu se confronte par définition à la difficulté voire parfois à l’absence de contrôle. Cette définition de la vie riche s’oppose alors à l’idée du bonheur telle qu’elle se conçoit dans notre imaginaire collectif, s’apparentant à un état de plénitude confortable, doté d’une certaine constance. « Nous accordons davantage de valeur à une vie qui permet d’explorer différentes perspectives qu’à une vie plaisante », observent ainsi les chercheurs.

― Evgeny Atamanenko / Shutterstock.com

Un critère d’épanouissement jusqu’à présent sous-estimé

Selon cette étude, la quête d’une vie riche sur le plan psychique est pour une majorité des sondés plus importante même que la quête du bonheur ou que celle du sens de la vie. L’étude renseigne que cette vision est particulièrement populaire en Allemagne, en Inde, en Corée et au Japon.

Pourtant, la plupart des études psychologiques qui ont été menées jusqu’alors s’appuient essentiellement sur la quête du bonheur et sur celle d’un sens de la vie, éludant généralement l’aspect qui concerne la richesse psychologique de la vie. La richesse psychologique de la vie a traditionnellement été perçue comme une contrainte, due aux épreuves parfois difficiles qui lui sont inhérentes. Toutefois, les chercheurs déclarent : « Nous avons des preuves empiriques que le bonheur, la quête de sens et la richesse psychique sont des aspects liés mais bien distincts, tous trois désirables mais chacun doté de causes et de conséquences bien différentes. »

« Contrairement aux vies dites heureuses ou à celles vécues comme ayant du sens, les vies psychologiquement riches sont caractérisées par une variété d’expériences intéressantes et par des changements de perspectives », détaille le compte-rendu de l’étude. Les analystes ne dissocient pas complètement la richesse psychologique des autres aspects d’une vie épanouie. Les différents vecteurs d’épanouissement sont selon eux interdépendants. Ce que l’étude soutient en revanche, c’est que la richesse et la variété des expériences de vie sont une part de notre bien-être qui mérite davantage notre attention.

Les chercheurs soutiennent que ce travail a permis de dépasser la dichotomie entre l’hédonisme et le bien-être plus eudémonique, au sens aristotélicien. Aristote expose en effet dans Éthique à Nicomaque deux conceptions d’une vie « bonne » : celle d’un bonheur comme source de jouissance instantanée (hédonisme), face à une conception qui lie le bonheur à un sens de la vie pensé sur le long terme (eudémonisme). Or, cette étude propose de penser la richesse psychique comme étant le pilier d’une nouvelle conception de la vie « bonne » telle qu’elle est pensée depuis l’Antiquité.

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