Alors que la végétation reprend ses droits sur les rues désertes, cinq habitants vivent encore à Centralia. Ils ont refusé de quitter les lieux malgré les injonctions des autorités. Autour d’eux, il ne reste rien, des trottoirs envahis par les herbes et cette route craquelée devenue une attraction touristique.

Un feu de poubelles ordinaire s’infiltre dans une veine de charbon sous Centralia
Fin mai 1962, des employés municipaux de Centralia brûlent les déchets accumulés dans la décharge de la ville, une ancienne mine à ciel ouvert reconvertie en dépotoir. Ce brûlage saisonnier fait partie des habitudes locales depuis des années, sans jamais poser de problème.
Personne ne sait alors qu’un trou de près de cinq mètres de large se cache sous les ordures. Il n’a jamais été comblé par un matériau ignifuge, comme prévu. Ce trou ouvre une voie directe vers une veine de charbon anthracite qui s’étend sous toute la région.
Les flammes, censées se limiter aux cartons et aux déchets ménagers, s’infiltrent dans cette galerie souterraine. En quelques jours, l’incendie quitte la surface et s’enfonce dans les profondeurs, hors de portée des pompiers. Ce jour-là, sans que personne ne le sache, Centralia vient d’allumer un feu qui ne s’éteindra jamais.
À l’été 1962, les habitants de Centralia découvrent les premiers signes du désastre
Dès l’été suivant, les premiers signes d’alerte apparaissent. Les mineurs indépendants de la région, qui connaissent le sous-sol mieux que quiconque, comprennent vite que la situation dépasse un simple incident. Le charbon continue de se consumer, produisant une chaleur intense et des gaz toxiques qui remontent par les fissures.
Le 9 août 1962, la sentence tombe. Les mines proches de Centralia ferment définitivement après la détection de monoxyde de carbone dans les galeries, un gaz invisible et mortel. Ce jour marque le premier aveu officiel, le sous-sol de la ville n’est plus sûr.
Une intervention rapide aurait sans doute pu tout arrêter à ce stade. Certaines estimations avancent qu’une somme d’environ 50 000 dollars aurait suffi pour éteindre le foyer naissant. Mais entre lenteurs administratives et manque de moyens, cette fenêtre se referme sans qu’aucune action décisive ne soit prise.
Face à un feu qu’aucune technique n’arrête, l’État rachète toute la ville
Pendant les deux décennies suivantes, les autorités multiplient les tentatives pour maîtriser l’incendie. Creusement de tranchées, injections d’eau massives, forages de surveillance, rien n’y fait. Le charbon, gorgé d’oxygène par les galeries qui quadrillent le sous-sol, continue de se consumer et avance sous la ville comme une lave invisible.
La situation devient intenable dans les années 1980. Le sol s’effondre par endroits, des gaz s’infiltrent dans les caves, et la santé des habitants est menacée. L’État de Pennsylvanie choisit de racheter et raser l’ensemble des habitations. L’évacuation est ordonnée, et en 2002, le code postal de Centralia est révoqué.
Centralia aujourd’hui, cinq habitants irréductibles et un feu toujours actif
Alors que la végétation reprend ses droits sur les rues désertes, cinq habitants vivent encore à Centralia. Ils ont refusé de quitter les lieux malgré les injonctions des autorités. Autour d’eux, il ne reste rien, des trottoirs envahis par les herbes et cette route craquelée devenue une attraction touristique.
Le Département de la Protection de l’Environnement de Pennsylvanie continue de surveiller le site et rappelle régulièrement les dangers qui y persistent, gaz toxiques et risque d’effondrement sans préavis. Selon les estimations fédérales, le filon de Buck Mountain contient assez de combustible pour brûler encore pendant 250 ans.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Catégories: Histoire