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Hypatie d’Alexandrie, cette éminente savante de l’Antiquité assassinée pour ses croyances

« Faites valoir votre droit de penser, car même penser à tort est mieux que de ne pas penser du tout »

La philosophe et mathématicienne grecque Hypatie, ayant vécu entre la fin du IVe et le début du Ve siècle de notre ère, était à la fois l’une des femmes les plus admirées et controversées d’Alexandrie. Retour sur la vie tragique de cette savante hors du commun.

Bien que les dates diffèrent selon les historiens, on estime qu’Hypatie naît entre 350 et 370 de notre ère dans la ville d’Alexandrie, en Égypte, alors considérée comme le centre de l’enseignement rhétorique et philosophique. Sous domination romaine, la cité connaît à cette époque un nouvel âge d’or et voit ses plus éminents savants reprendre et développer les travaux de leurs prédécesseurs, notamment dans les domaines de l’astronomie, de la mécanique et de l’optique.

Première femme connue de l’histoire à étudier et enseigner les mathématiques, l’astronomie et la philosophie, elle partage son savoir avec des élèves venus des quatre coins de l’Empire romain. Mais dans une ville sous forte influence chrétienne, ses convictions païennes vont finir par lui coûter la vie.

Hypatie est la fille de Théon d’Alexandrie, qui l’a très tôt initiée aux mathématiques et à la philosophie. Éditeur et commentateur de textes célèbre pour avoir popularisé les travaux d’Euclide et Ptolémée (sa version des Éléments d’Euclide restera d’ailleurs la seule connue jusqu’au début du XIXe siècle), l’homme a également publié un traité sur l’astrolabe, incontournable instrument de mesure antique utilisé pour déterminer la position des corps célestes.

Théon considère Hypatie comme son héritière intellectuelle dans les domaines de l’art, de la littérature et des sciences, et lui offre l’opportunité d’enseigner les mathématiques et la philosophie au sein de l’université d’Alexandrie, qu’il dirige.

Alexandrie était notamment réputée pour son incroyable bibliothèque, qui réunissait les ouvrages les plus importants de l’époque

Bien qu’aucun de ces écrits ne nous soit parvenu, Hypatie rédige de nombreux commentaires mathématiques et contribue également à certains travaux de son père. Aujourd’hui, nombre d’historiens estiment qu’une bonne partie de l’édition de l’Almageste de Ptolémée commentée par Théon était en réalité l’œuvre de sa fille.

Adepte de l’école de pensée néoplatonicienne, fondée, comme son nom l’indique, sur les enseignements du philosophe grec Platon, Hypatie est extrêmement respectée par ses pairs. Damascios le Diadoque la décrit notamment comme « une dame faisant régulièrement des apparitions dans le centre d’Alexandrie, dissertant en public au sujet des travaux d’Aristote et de Platon ». Professeure populaire, elle est considérée comme la plus grande mathématicienne au monde à la mort de son père.

En raison de ses croyances néoplatoniciennes, Hypatie d’Alexandrie ne se mariera jamais. Dans ses ouvrages, Damascios la définit comme une femme « honnête et chaste », tandis que Socrate le Scolastique évoque « sa dignité et sa vertu extraordinaires ».

Oreste, préfet romain d’Alexandrie, admire le savoir et les capacités intellectuelles de la savante, et lui demande régulièrement conseil. L’homme est chrétien, mais tolérant à l’égard de l’ensemble des religions qui coexistent à Alexandrie, et il tisse avec elle une solide amitié. Cette relation privilégiée va le placer en conflit direct avec Cyrille, nouvel évêque de la ville, et finalement conduire au meurtre d’Hypatie.

Icône représentant Sainte Catherine, dont la légende aurait été en grande partie inspirée par la vie d’Hypatie

Bien plus intransigeant qu’Oreste, Cyrille ordonne dès son sacre en 412 la fermeture de la plupart des lieux de culte non-chrétiens d’Alexandrie. Après le massacre de plusieurs chrétiens orchestré par des extrémistes juifs, il décide d’expulser tous les juifs de la ville. Oreste, s’opposant fermement aux actions de Cyrille, fait remonter l’information jusqu’à Rome, ce qui va pousser l’évêque à orchestrer une tentative d’assassinat. Si Oreste survit, Hypatie a beaucoup moins de chance.

La rumeur voulant qu’Hypatie soit à l’origine du conflit opposant le préfet romain à l’évêque d’Alexandrie se répand comme une traînée de poudre. Un soir de mars de l’an 415 ou 416, une foule de fanatiques chrétiens bloque sa charrette alors qu’elle rentre chez elle après une entrevue avec Oreste. Après l’avoir violemment jetée au sol, ils lui arrachent ses vêtements et la lapident à mort à coups de tessons, avant de brûler ses restes.

Comme l’écrira Socrate le Scolastique : « La jetant hors de son siège, ils la traînèrent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de son vêtement, la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant littéralement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu. »

Aujourd’hui, certains historiens imputent en grande partie la mort d’Hypatie à Cyrille, après qu’Oreste a refusé de se réconcilier avec lui. Si d’autres ne tiennent pas l’évêque pour principal responsable de la mort d’Hypatie, ils reconnaissent que ses actions et ses déclarations ont contribué à attiser la haine à l’égard de la philosophe et poussé un groupe de fanatiques à la tuer.

Ironiquement, bien qu’elle ait été assassinée par des chrétiens, en partie parce qu’elle défendait des idées néoplatoniciennes, certains de ses enseignements ont fini par influencer la doctrine chrétienne. L’un de ses étudiants, Synésios de Cyrène, est plus tard devenu évêque, et certains chercheurs estiment que ses études platoniciennes antérieures ont influencé la doctrine de la Sainte Trinité.

Illustration de Louis Figuier représentant le supplice enduré par Hypatie (1866)

Longtemps oubliée de l’histoire, Hypatie d’Alexandrie est aujourd’hui considérée comme l’une des plus éminentes savantes du monde antique, et son nom a également été donné à une revue scientifique mêlant philosophie et féminisme. On lui attribue régulièrement la maxime : « Faites valoir votre droit de penser, car même penser à tort est mieux que de ne pas penser du tout ».

Pour aller plus loin, découvrez également Diogène de Sinope, le philosophe grec réputé pour sa répartie qui vivait… dans un tonneau.

Par Yann Contegat, le

Source: Mental Floss

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