Entre 1955 et 1957, l’US Air Force a fait décoller un bombardier B-36 modifié à 47 reprises, avec à son bord un réacteur nucléaire pleinement actif, pour étudier ses effets en vol, sans jamais le relier aux moteurs de l’appareil.

Un programme né du rêve américain de voler sans jamais se ravitailler
Entre 1946 et 1961, l’US Air Force a financé le programme Aircraft Nuclear Propulsion, avec un objectif ambitieux : faire voler un bombardier indéfiniment, sans jamais faire escale, grâce à la chaleur d’une réaction nucléaire plutôt qu’à la combustion de carburant.
Cette ambition portait la marque des années 1950, où l’euphorie atomique de l’après-guerre faisait rêver de petits réacteurs alimentant trains et voitures. L’avion choisi pour l’expérience provenait justement des restes d’un B-36 endommagé par une tornade à Carswell, au Texas, en 1952.
Un B-36 accidenté transformé en capsule blindée pour un réacteur actif
Plutôt que de le réparer, Convair a choisi de transformer entièrement l’appareil en laboratoire volant. La cabine d’origine a cédé la place à une section d’équipage de onze tonnes, doublée de plomb, pour un pilote, un copilote, un ingénieur de vol et deux ingénieurs nucléaires.
À l’arrière, dans la soute à bombes, un réacteur d’environ 1 mégawatt, développé par le laboratoire d’Oak Ridge et pesant près de 15 875 kilogrammes, restait suspendu à un crochet pour faciliter son chargement et son stockage souterrain entre les vols. Un système baptisé Project Halitosis surveillait les gaz radioactifs émis.
Un réacteur qui chauffait en plein vol sans jamais actionner les moteurs
L’appareil décollait grâce à six moteurs à pistons Pratt & Whitney Wasp Major et quatre turboréacteurs General Electric J47. Le réacteur, lui, chauffait réellement et émettait des radiations mesurables, mais n’entraînait aucune hélice, un choix d’ingénierie assumé plutôt qu’un raté.
Au décollage, l’équipage utilisait un mélange chimique classique, puis activait le réacteur une fois le cœur suffisamment chaud, avant de revenir au carburant conventionnel pour l’atterrissage. Cette procédure limitait le risque de fuite radioactive majeure en cas d’accident, sans jamais faire dépendre le vol du nucléaire.
Entre le 17 septembre 1955 et mars 1957, l’appareil a accompli 47 vols d’essai au-dessus du Texas et du Nouveau-Mexique, totalisant 215 heures de vol dont 89 avec le réacteur actif. Un avion rempli de Marines armés le suivait, prêts à parachuter pour boucler la zone en cas de crash.
Un projet coûteux abandonné après l’arrivée de Kennedy à la Maison-Blanche
Les essais ont montré que le blindage protégeait l’équipage des radiations, mais qu’un accident aurait pu provoquer une contamination radioactive. Plus il était efficace, plus il alourdissait l’avion, réduisant son autonomie et annulant l’intérêt de la propulsion nucléaire. Le successeur prévu, le Convair X-6, n’a jamais été construit.
L’arrivée des missiles intercontinentaux rendait aussi obsolète l’idée d’un bombardier volant sans ravitaillement. En janvier 1961, Kennedy a ordonné un examen des projets militaires : Convair, GE et Pratt & Whitney ont vu leurs contrats résiliés, mettant fin à quinze ans de recherche et plus de 7 milliards de dollars investis.
L’unique NB-36H construit a été désarmé, son réacteur retiré, avant d’être ferraillé à Fort Worth. Les recherches sur les métaux liquides et les sels fondus menées durant le programme ont pourtant servi ensuite au développement des générateurs nucléaires de la NASA.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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