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Gélatineuse, sans cœur et quasi-immortelle : cette minuscule méduse peut remonter le temps

Son super-pouvoir se manifeste lorsqu'elle est confrontée à un stress environnemental intense

Depuis des millénaires, le mythe de l’immortalité fascine l’humanité. Il s’avère que les biologistes marins ont découvert qu’une minuscule méduse était capable de « remonter le temps » une fois sa maturité sexuelle atteinte : Turritopsis dohrnii.

Les méduses sont des créatures fascinantes à bien des égards. Dépourvues de cerveau et de cœur, elles disposent d’une seule et même ouverture pour se nourrir et déféquer. En termes plus poétiques : elles mangent par l’anus (précision importante si vous lisez ces lignes avant de passer à table).

Nageuses hors pair, elles dépensent bien moins d’énergie pour se déplacer que toute autre créature océanique, en expulsant l’eau dans la direction opposée à celle qu’elles suivent grâce à un double mécanisme mêlant succion et propulsion, quand les poissons la chassent latéralement à l’aide de leurs nageoires.

Concrètement, la méduse contracte sa cloche, créant un tourbillon annulaire de basse pression, tandis qu’une région de haute pression se forme sous son corps.

Un navire cargo en train de vider ses ballasts

La minuscule espèce méditerranéenne Turritopsis dohrnii présente la particularité de voyager « en première classe ». Happée dans les ballasts des cargos lorsqu’ils se remplissent d’eau, elle est ensuite rejetée dans un autre port lorsqu’ils sont vidés, augmentant ainsi ses chances de trouver « l’âme sœur ».

Chez ces créatures gélatineuses, la fécondation est externe. Mâle et femelle libèrent spermatozoïdes et ovules qui se dispersent dans l’océan. Une fois fécondés, les œufs vont se transformer en minuscules larves appelées planulas, qui se fixent ensuite aux roches parsemant le fond marin afin de poursuivre leur développement.

Les planulas se transforment ensuite en polypes très ramifiés. Quelques jours plus tard, de minuscules méduses d’environ un millimètre de diamètre se détachent de leur extrémité et écument les océans.

Après deux semaines, nos méduses deviennent mâles et femelles et sont prêtes à procréer. Mesurant environ cinq millimètres de diamètre, elles se nourrissent de plancton, de minuscules mollusques, ainsi que de larves et d’œufs de poisson.

Turritopsis dohrnii

Le « super-pouvoir » de Turritopsis dohrnii se manifeste lorsqu’elle est confrontée à un stress environnemental intense (attaque de prédateur, manque de nourriture…). La méduse va alors déclencher un étonnant mécanisme de survie qui lui permet de revenir à un stade antérieur de son développement.

Grâce à une cascade de réactions génétiques et cellulaires, elle se transforme en une minuscule masse gélatineuse avant de retrouver, en l’espace de trois jours, son stade de polype, identique sur le plan génétique à la méduse d’origine, puis de poursuivre son cycle de vie. Un peu comme si un poulet redevenait un œuf avant d’éclore à nouveau.

Immortelle ne signifie pas pour autant invulnérable : ce minuscule cnidaire reste exposé aux maladies, peut finir dans le gosier d’un poisson, être emporté par les courants avant d’avoir atteint sa maturité voire aspiré par les systèmes de refroidissement des centrales électriques.

Pas tout à fait immortel, le requin du Groenland peut quant à lui vivre près de 400 ans.

Par Yann Contegat, le

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