Faisant partie des rares squales à évoluer dans les eaux glaciales de l’Atlantique Nord, le requin du Groenland se distingue à la fois par sa taille et sa longévité hors du commun, atteignant plusieurs siècles.
Les Inuits l’appellent « Skalugsuak » d’après une vieille légende voulant qu’il vivait à l’origine dans le pot d’urine de la déesse de la mer Sedna, et que sa chair puisse ronger la peau humaine. Ailleurs, ce vertébré évoluant dans les eaux arctiques est plus connu sous le nom de requin du Groenland (Somniosus microcephalus).
Il s’avère que ses origines mythiques ne sont pas complètement fantaisistes : les tissus de ce squale contiennent effectivement une grande quantité d’urée qui participe à son équilibre osmotique et au contrôle de sa flottabilité. De ce fait, avant de pouvoir être consommée, sa chair doit être bouillie plusieurs fois afin d’éliminer l’oxyde de triméthylamine, une neurotoxine aux effets proches de ceux de l’ivresse.
Pas aussi massif ou effrayant que son cousin le grand blanc, le requin du Groenland peut tout de même mesurer jusqu’à sept mètres. Il se distingue par sa silhouette allongée, sa peau aux tons gris-bruns, une petite tête dotée d’un museau arrondi et de minuscules yeux, auxquels se fixent régulièrement des parasites bioluminescents, qui l’aideraient à attirer ses proies.

Preuve de sa nature discrète, les premiers clichés d’un spécimen vivant ont été pris au milieu des années 1990. Évoluant généralement à des profondeurs comprises entre 200 et 400 mètres dans les eaux polaires de l’Atlantique Nord et du Pacifique Nord, il figure parmi les rares requins capables de tolérer les températures arctiques toute l’année.
Muni de dents très effilées au niveau de la mâchoire supérieure et larges au niveau de la mâchoire inférieure, ce prédateur peu pressé chasse le calmar, le phoque et le marsouin, et toutes sortes de poissons osseux et cartilagineux. Carnivore opportuniste, il n’hésite pas à charogner les carcasses de bélugas, de narvals et même d’animaux terrestres.
Durant des années, les scientifiques ont estimé que le requin du Groenland vivait, comme la majorité des squales, autour d’une centaine d’années. Très récemment, sa longévité a été largement revue à la hausse, en utilisant une méthode innovante.

Après avoir capturé 28 spécimens, les scientifiques ont effectué une datation au carbone 14 de leur cristallin. Et les résultats obtenus étaient tout simplement sidérants : un requin du Groenland mesurant cinq mètres de long était âgé d’environ… 392 ans ! Une longévité exceptionnelle pour un vertébré, dépassant de loin celle des grandes tortues terrestres et des baleines boréales.
Leur maturité sexuelle intervient lorsqu’ils mesurent au moins quatre mètres, correspondant à un âge d’environ 150 ans. La femelle peut donner naissance à dix petits par portée, avec des nouveaux-nés mesurant environ 90 centimètres de long.
Pour les scientifiques, deux facteurs expliquent essentiellement cette durée de vie hors-normes. En raison de leur grande taille, les requins du Groenland possèdent un métabolisme nettement plus lent que la majorité des créatures marines, et ce phénomène est amplifié par le fait qu’ils évoluent en permanence dans des eaux glaciales.
Qui dit métabolisme ralenti, dit aussi croissance plus lente et vieillissement cellulaire retardé. Vous comprenez aisément pourquoi le requin du Groenland, frôlant les quatre siècles, est le doyen des vertébrés, et de loin.
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