
L’exploration des profondeurs de la mer des Caraïbes, au large de Trinité-et-Tobago, a réservé un certain nombre de surprises aux chercheurs, incluant une vingtaine d’espèces potentiellement nouvelles pour la science.
Une vie profonde foisonnante
Supervisée par les équipes de l’Institut Schmidt de l’océan, opérant depuis le navire de recherche Falkor, cette récente mission a permis de cartographier plus de 11 000 kilomètres carrés de fonds marins. Au total, ce sont 25 suintements froids, rejetant du méthane et des hydrocarbures consommés par les micro-organismes chimiosynthétiques à la base de la chaîne alimentaire de ces écosystèmes profonds, qui ont été identifiés.
Parmi les créatures étranges peuplant ces eaux, une adorable pieuvre violette appartenant au genre Graneledone, entraperçue pour la première fois en 2014, un requin fantôme, un grand avaleur, ainsi que plusieurs coraux, éponges carnivores et galathées jamais observés auparavant.

Autre découverte inattendue : la carcasse d’une raie mobula, gisant à un peu plus de 1 000 mètres de profondeur et constituant une source précieuse de nutriments pour des crustacés, vers et autres animaux des grands fonds. Si les festins impliquant les dépouilles charnues de cétacés sont bien documentés, ils sont notoirement rares pour celles de poissons cartilagineux.
« Il s’agit de la première expédition en eaux profondes menée localement dans l’histoire de Trinité-et-Tobago », note la chercheuse Diva Amon. « Chaque nouvelle découverte, qu’il s’agisse d’un écosystème, d’une espèce ou d’un comportement animal est essentielle pour assurer la conservation de cette biodiversité encore largement méconnue. »

Des centaines d’échantillons prélevés et cryogénisés
En parallèle, le submersible radiocommandé SuBastian a collecté quelque 700 spécimens, dont les tissus ont été préservés grâce à une nouvelle technique de cryogénisation. Actuellement conservés à l’université de Saint-Augustin, ils rejoignent le premier « zoo gelé » des Antilles.
« En cryoconservant les tissus de plus de 86 espèces d’éponges, de coraux et de concombres de mer des grands fonds, nous préservons des ressources biologiques inestimables pour comprendre les changements futurs des écosystèmes caribéens », conclut Megan Conkling, de l’université Atlantique de Floride.
Plus tôt cette année, SuBastian avait filmé pour la première fois un étrange poisson fantôme dans les profondeurs de l’océan Atlantique.



