Au 19e, on empêchait les femmes de prendre le train en prétendant que cela endommageait leur utérus

Au 19e, on empêchait les femmes de prendre le train en prétendant que cela endommageait leur utérus

L’arrivée de nouveaux moyens de transports « technologiquement avancés » a toujours apporté avec elle son lot de craintes et de croyances erronées. Il y a deux siècles, on pensait notamment que l’utérus des femmes ne pouvait supporter une vitesse de 80 km/h, et les médecins leur déconseillaient de prendre le train.

CRAINTES ET CROYANCES ERRONÉES

De nos jours, lorsque nous prenons notre voiture ou empruntons les transports en commun, nous redoutons généralement une défaillance électronique ou mécanique. Mais il y a près de deux siècles, l’avènement de la locomotive à vapeur provoquait des peurs bien plus viscérales, parmi lesquelles combustion spontanée et mutilation.

Selon l’anthropologue Geneviève Bell, ces réactions extrêmes et démesurées face à l’arrivée de nouvelles technologies sont anciennes et proportionnelles au degré d’innovation qu’elles induisent.

Au début de la révolution industrielle, de nombreux médecins pensaient que le corps des femmes ne pouvait pas supporter une forte accélération et leur déconseillaient fortement de prendre le train

Lorsque la locomotive à vapeur a commencé à se démocratiser, les médecins pensaient par exemple que le corps des femmes n’était pas conçu pour supporter une vitesse de 80 km/h et craignaient que leur utérus soit endommagé ou violemment secoué sous l’effet de l’accélération nécessaire pour atteindre cette vitesse.

Plus étrange encore, certains allaient même jusqu’à affirmer à l’époque que de telles accélérations et des vitesses aussi élevées étaient susceptibles de faire entrer le corps des passagers en combustion.

Bell attribue ce genre de réactions à la « panique morale » qu’une société éprouve lorsqu’elle est témoin d’avancées techniques et technologiques particulièrement marquantes, plus spécifiquement lorsque ces progrès modifient notre perception du temps et de l’espace, et par extension, notre rapport aux autres.

LES GRANDES AVANCÉES TECHNIQUES ET TECHNOLOGIQUES MODIFIENT NOTRE PERCEPTION DU TEMPS ET DE L’ESPACE ET NOTRE RAPPORT AUX AUTRES

Comme l’explique l’anthropologue : « Les voitures ont également profondément changé notre rapport au monde, et cela est aussi valable, dans une moindre mesure, pour la télévision, internet et les téléphones portables. Si les stylos plume ont changé notre façon de communiquer, ils n’ont pas pour autant modifié notre perception du temps et de l’espace. »

Au cours du 19e siècle, ces croyances infondées visaient généralement les enfants et surtout les femmes, alors considérées comme beaucoup plus faibles et fragiles que les hommes sur de nombreux plans.

Au 19e siècle, les premières machines à vapeur fascinaient autant qu’elles intriguaient

EN 1898, ON PENSAIT QU’IL ÉTAIT RISQUÉ POUR LES FEMMES DE FAIRE DU SPORT

En 1898, un médecin berlinois écrivait notamment que les mouvements violents occasionnés par la pratique d’un sport pouvaient provoquer une déviation et un relâchement de l’utérus, voire un prolapsus et des saignements, et augmentaient drastiquement le risque que la femme devienne stérile, ce qui allait à l’encontre de leur principal but biologique : donner naissance à des enfants en bonne santé.

Lorsque les automobiles, que beaucoup surnommaient alors « les wagons du diable », ont commencé à envahir les routes au début des années 1900, celles-ci étaient si bruyantes et peu fiables que nombre de spécialistes estimaient que les femmes, que l’on croyait forcément sujettes aux évanouissements et aux crises d’hystérie, seraient incapables de les conduire.

Au début du 20e siècle, les véhicules à moteur étaient considérés par beaucoup comme des engins maléfiques et terrifiants et peu comprenaient ce besoin de vitesse. Le code de la route était extrêmement sommaire, il n’existait pas de voies spécialement pensées pour ces nouveaux moyens de transport (panneaux et feux de signalisation) et les accidents étaient courants. Par conséquent, la conduite automobile représentait alors un véritable « sport extrême ».

Il a finalement fallu attendre 1909 pour que la jeune Alice Ramsey, âgée de 22 ans, fasse voler en éclat ces préjugés sexistes en réalisant la première traversée automobile féminine des États-Unis en 59 jours, en gardant bien évidemment sa voiture et ses trois amies « intactes ». Une performance qui a largement contribué à faire évoluer les mentalités dans ce domaine.

EN 1909, ALICE RAMSEY DEVIENT LA PREMIÈRE FEMME À RÉALISER LA TRAVERSÉE DES ÉTATS-UNIS AU VOLANT D’UNE AUTOMOBILE

Partie de Manhattan le 9 juin, Alice Ramsey arrive à San Francisco au volant de sa Maxwell 30 le 7 août 1909

Bien évidemment, la peur des dérives occasionnées par l’évolution rapide de la technologie est encore aujourd’hui profondément ancrée dans nos esprits. Une étude réalisée en 2015 a d’ailleurs révélé que la plupart des occidentaux redoutaient plus le cyberterrorisme et le fichage de leurs données personnelles qu’une éventuelle nouvelle crise économique.

Chaque seconde, la Lune parcourt 1 kilomètre autour de la Terre sur son orbite, à une vitesse de 3680 km/h.

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