Le trafic d’espèces en voie d’extinction rapporte plus de 15 milliards de dollars par an

Le commerce illégal d’espèces en voie d’extinction et le braconnage n’ont jamais été aussi importants que depuis les dix dernières années. Zoom sur ces pratiques effrayantes.

 

PYTHON DE COMPAGNIE ET SAC CROCO

15 milliards de dollars : c’est le coût engendré chaque année par le trafic d’espèces sauvages selon la WWF. Chaque année 500 à 600 millions de poissons tropicaux, 15 millions d’animaux à fourrure, 5 millions d’oiseaux, 2 millions de reptiles et 30 000 primates viennent nourrir cet horrible commerce. Un éléphant meurt toutes les quinze minutes pour son ivoire, et trois rhinocéros sont tués tous les jours, voilà pour les chiffres.

Les importations asiatiques depuis l’Afrique notamment ont explosé et sont dix fois supérieures à celles de 2006. Traditions culturelles, fabrication de bijoux et de sacs à mains, passion pour les animaux exotiques en cage… Toutes les raisons sont bonnes pour importer des espèces en voie d’extinction.

Pour avoir un adorable animal sauvage dans son salon, les asiatiques sont prêts à dépenser des fortunes. Ce sont 100 000 perroquets gris du Gabon, espèce en voie d’extinction et donc interdite à la commercialisation, qui ont été rapportés en Asie dernièrement. Les pythons et les tortues ont également beaucoup de succès ; dociles, ils prennent peu de place dans les petits appartements des grandes villes chinoises.

Bien plus triste encore, la médecine traditionnelle en Asie du sud-est, qui attribue à certains organes d’animaux des vertus spécifiques, continue de séduire : des pénis de tigre pour être plus fertile, des cornes des rhinocéros pour faire baisser la fièvre… C’est à se demander comment les asiatiques peuvent encore être malades ! D’autres animaux comme les otaries à fourrure – dont les importations vers la Chine ont vu leur chiffre multiplié par vingt depuis 2007 – finiront en sacs à main, en bijoux ou en manteaux.

Ivoire sculpté

TRAFIC ANIMAL ET ORGANISATIONS VIOLENTES

L’Afrique n’est pourtant pas le seul fournisseur : l’extrême orient et l’Amérique du sud sont également de grands pourvoyeurs. Malgré les lois pour lutter contre le braconnage et le commerce illégal, l’appât du gain est toujours le plus fort.

Le trafic d’animaux sauvages est la quatrième activité illicite la plus lucrative au monde derrière le trafic de drogue, les contrefaçons et la traite d’êtres humains. Un kilo de corne de rhinocéros vaut 51 000 dollars, soit bien plus que la drogue, l’or ou le platine. Les avantages de ce trafic sont nombreux : peu de sanctions, des profits élevés et des risques très faibles. Pour comprendre l’origine de ce trafic, il faut se rappeler que dans les pays d’origine, la pauvreté, la faible gouvernance et la difficulté à faire appliquer les législations jouent un rôle important dans le trafic. Mais ce ne sont pas les seules causes.

Les ramifications du trafic animal sont extrêmement profondes. Dans la nature du crime publié en 2013 par WWF, l’ONG nous explique que le trafic est bien souvent lié au terrorisme et aux organisations violentes en Afrique centrale ou en Asie, telles qu’Al Qaïda ou l’armée de résistance du seigneur (responsable de l’enlèvement de dizaine milliers d’enfants, et du massacre d’autant de civils en Ouganda) qui vendent de l’ivoire pour financer l’achat d’armes à feu.
Certains trafiquants de drogue utilisent également le trafic d’animaux comme couverture et comme méthode de blanchiment d’argent.

En Afrique centrale, le trafic d’animaux est une immense manne financière pour les organisations terroristes

UNE ACTION À PLUSIEURS NIVEAUX 

Comme pour tout trafic, s’il est relativement simple de traquer les braconniers, les revendeurs et les passeurs, il est beaucoup plus difficile d’atteindre ceux qui en sont à l’origine. On ne peut pas lutter contre tous les trafics et malheureusement, seules les espèces les plus importantes font l’objet d’une lutte active contre leur trafic. On estime que, chaque année, 500 à 600 millions de poissons tropicaux, 15 millions d’animaux à fourrure et 5 millions d’oiseaux d’espèces totalement inconnues sont traqués puis revendus.

Pour lutter contre ces ignobles trafics, il est important d’agir à plusieurs niveaux. Il faut stopper la demande dans certains pays très demandeurs en mettant en place des règlementations sociales rigoureuses. Le commerce intrenational de l’ivoire par exemple, est interdit depuis 1990 mais certains pays comme le Japon autorisent toujours l’achat et la vente d’ivoire au niveau national. L’année dernière, la Chine a fait un grand pas dans la lutte contre le trafic d’ivoire en interdisant son commerce.

Il est également essentiel de lutter contre la corruption, car très souvent les fonctionnaires de certains pays établissent de faux documents pour prouver la légalité de l’importation ; certains refusent même d’inspecter les produits trafiqués ou revendent la marchandise confisquée. Avec internet, il devient d’autant plus compliqué de contrôler la vente d’animaux exotiques, et c’est une des raisons pour lesquelles les ventes atteignent un niveau inégalé. Tout se passe via des forums, des sites d’enchères en ligne, des petites annonces… Cela passe même par Google Shopping au Japon. Récemment, des entreprises technologiques et de commerces en ligne parmi lesquels les géants Facebook, Instagram, Google, et Ebay ont formé une une coalition pour exclure les trafiquants de leurs plateformes.

Le trafic animal génère environ 15 milliards de dollar par an

DES CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES

Cela fait un an que nous sommes entrés dans la 6e extinction de masse des vertébrés, et les gouvernements peinent à vouloir endiguer ce fléau. Pour les scientifiques, 50 % des animaux ont déjà disparu entre 1970 et 2017 et ils estiment que 32 % des populations animales de la planète seraient actuellement en déclin.

Il n’y a pas grand-chose que vous puissiez faire personnellement, mais si cette cause vous touche, vous pouvez soutenir des associations comme IFAW, l’IS Foundation ou encore Sea Sheperd. Et surtout faites attention à la provenance des animaux exotiques que vous seriez tentés d’acheter en animalerie.

Il ne reste plus que 3800 tigres sur terre

Tokyo est la ville la plus peuplée du monde. En 2016, elle compte plus de 42 millions d’habitants

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