Une décision de justice américaine vient d’autoriser une société d’exploration à récupérer le télégraphe du Titanic, d’où ont été enregistrés les signaux de détresse. Toutefois, des voix s’élèvent contre ce projet, qui pourrait être amené à briser la coque de l’épave.

Récupérer un objet témoin du naufrage

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le RMS Titanic, plus grand et plus luxueux paquebot de son époque, sombre avec ses passagers, causant la mort d’environ 1 500 d’entre eux. Le 15 avril à 0h15, il envoie son premier message de détresse à l’aide d’un télégraphe Marconi. Ce dernier se trouve toujours à 3 821 mètres sous l’océan, au large de Terre-Neuve.

Afin de récupérer ce témoin qui pourrait livrer les derniers secrets sur le naufrage de ce titan des mers, une juge américaine a autorisé une société d’exploration, RMS Titanic Inc., à percer la coque du navire si nécessaire. Selon la magistrate Rebecca Beach Smith, le télégraphe a une « grande valeur historique, éducative, scientifique et culturelle », le récupérer permettrait d’« entretenir le souvenir » des victimes de la catastrophe.

Un projet qui alimente les polémiques

Toutefois, le projet est loin de faire l’unanimité. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOOA), agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère, s’oppose à cette expédition. Représentant, dans cette affaire, l’intérêt du public, elle affirme que l’émetteur est probablement entouré « des restes mortels de plus de 1 500 personnes », et qu’à ce titre il s’agit d’une sépulture qui ne saurait être violée.

RMS Titanic Inc., la société d’exploration en charge des opérations, est d’un tout autre avis. Selon elle, il est important de récupérer des objets qui peuvent être sauvés avant qu’il ne se désintègre totalement. En effet, les scientifiques affirment que l’épave aura totalement disparu d’ici 2050, rongée par les micro-organismes et la rouille. Récupérer le télégraphe permettrait d’en apprendre plus sur cette fameuse nuit du naufrage.

En effet, c’est de ce télégraphe que sont partis les messages de détresse, dès 0h15 le 15 avril 1912. La station radio donne l’alerte que le paquebot a heurté un iceberg et est en train de couler. À 1h30, l’équipage lance un signal d’alerte : « Nous ne pouvons attendre plus longtemps. » Les femmes et les enfants commencent à monter à bord des canots de sauvetage. À 1h45, l’équipage lance un message au Carpathia, « Venez aussi vite que possible mon vieux », affirmant que la salle des machines est envahie par l’eau « jusqu’aux chaudières ». À 2h17, plus aucun signal du Titanic n’est détecté, et il finit par sombrer à 2h20.

L’épave est désormais protégée par un accord international

Dès sa découverte en 1985 au large de Terre-Neuve, l’épave du Titanic a fait l’objet de nombreuses convoitises. Ainsi, quelques objets y ont été remontés à la surface et exposés de façon permanente au Luxor Hotel & Casino de Las Vegas. Le New York Times rappelle que plus de 250 objets y sont exposés. En 2000, la justice avait interdit à RMS Titanic Inc. de cisailler la coque pour récupérer des diamants.

La société, fondée par George Tulloch, un concessionnaire de voitures américain, avait, dès la découverte de l’épave, mené des explorations et extrait des objets, ce qui lui avait valu le surnom de « pilleur de tombes ». L’épave est protégée par la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique, et un traité, conclu entre les États-Unis et le Royaume-Uni, permet à ces deux pays de retirer des licences autorisant à entrer dans l’épave.

Michael Kingston, vice-président du Irish Cultural Centre, et Ciaran McCarthy, un avocat irlandais spécialisé en droit maritime, ont également fait part de leur désapprobation : « Le navire n’est donc pas seulement un énorme site funéraire, mais un monument à une tragédie et à des épreuves familiales plus vastes, étant donné que ceux qui sont morts suscitaient l’espoir pour tous les membres de leur famille restés à la maison. » L’Irlande est le dernier pays où le Titanic a accosté avant de poursuivre son long périple vers New York. Des dizaines de personnes y sont montées pour émigrer aux États-Unis. La société n’a pas encore précisé ce qu’elle souhaite faire de ce télégraphe, et lors de l’expédition, elle devra répondre à des règles très strictes, enregistrer chaque détail et écrire des rapports.

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