— Denis Simonov / Shutterstock.com

Comptant parmi les formes de vie les plus résistantes jamais découvertes, des tardigrades ont récemment été tirés depuis un pistolet à gaz afin de voir s’ils pouvaient survivre à des chocs cataclysmiques.

Une résistance à (presque) toute épreuve

Les tardigrades sont des animaux microscopiques réputés pour leur robustesse. Lorsqu’ils sont confrontés à un environnement difficile, ils se dessèchent et se recroquevillent (un état connu sous le nom de « tun »), jusqu’à ce que les conditions redeviennent plus clémentes. Une tactique leur permettant de survivre à des températures d’ébullition et de congélation, des radiations intenses, des pressions écrasantes semblables à celles qui règnent au fond des océans, et même à des séjours dans l’espace.

Avec une telle liste de super-pouvoirs à leur actif, les tardigrades ont été considérés comme des candidats à la panspermie, hypothèse selon laquelle la vie pourrait passer d’une planète ou d’une lune à l’autre par le biais d’astéroïdes. Pour cette nouvelle étude présentée dans la revue Astrobiology, des chercheurs de l’université du Kent ont donc cherché à déterminer dans quelle mesure les tardigrades pouvaient survivre à des impacts d’astéroïdes.

Pour ce faire, l’équipe les a dans un premier temps congelés pendant 48 heures, ce qui leur a permis d’entrer en cryptobiose. Les échantillons ont ensuite été placés dans une enveloppe en nylon et ont été tirés sur du sable à l’aide d’un pistolet à gaz léger. La vitesse de l’impact et la pression du choc ont été mesurées, et les tardigrades récupérés afin d’évaluer les dommages qu’ils avaient subis.

Dans ce scénario, la limite supérieure de leur survie correspondait à des vitesses d’impact de 3 240 km/h, créant une pression de 1,14 gigapascal (GPa). Si 100 % des tardigrades survivaient à des vitesses de 2 621 km/h, ils n’étaient plus que 60 % lorsque celles-ci atteignaient 2 970 km/h. Les chercheurs ont constaté que les survivants mettaient jusqu’à 36 heures pour sortir de cryptobiose et recommencer à bouger, contre huit à neuf heures pour les spécimens du groupe témoin, ayant été simplement congelés et décongelés.

D’importantes implications pour la recherche d’éventuelles formes de vie extraterrestres

Cette découverte a d’importantes implications pour la panspermie. Selon l’équipe, la majorité des impacts d’astéroïdes créeraient des pressions trop élevées pour que les tardigrades puissent survivre, mais une fraction d’entre eux se produisent à des vitesses plus lentes, dans leur plage de tolérance. On estime actuellement que jusqu’à un tiers des impacts d’astéroïdes sur la Lune pourraient être encaissés par ces formes de vie microscopiques.

Fait intéressant, l’équipe indique également que ces récents résultats pourraient être utilisés pour déterminer si les tardigrades, ou d’autres formes de vie similaires, ont déjà colonisé d’autres mondes de notre Système solaire. Les lunes glacées Europe et Encelade possédant des océans souterrains potentiellement habitables par des micro-organismes, les chercheurs pourraient trouver des preuves de vie en analysant la composition des panaches d’eau s’échappant des fissures de leur enveloppe glacée.

La surface glacée d’Europe, satellite naturel de Jupiter — © NASA / Jet Propulsion Lab-Caltech / SETI Institute

La sonde Cassini a déjà collecté des matériaux en volant à travers ces panaches, mais ses vitesses auraient été mortelles pour des tardigrades. Les chercheurs affirment que la capture de matériaux à l’aide d’aérogels épais pourrait atténuer la pression de choc et maintenir en vie les éventuels tardigrades extraterrestres.

Bien sûr, tout ceci n’est que spéculation pour le moment, mais l’étude montre que la panspermie est plausible dans certaines circonstances. L’équipe précise que des recherches plus approfondies devraient permettre de vérifier la viabilité des survivants et si les œufs de tardigrades peuvent supporter des impacts plus rapides.

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