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Le syndrome du choc toxique, malgré le danger qu’il représente pour les jeunes filles et les femmes, reste une infection méconnue. Pourtant, plusieurs personnes en sont déjà mortes, comme Maëlle une jeune fille de 17 ans décédée le 10 janvier dernier. Gérard Lina a dressé la liste des potentiels signes d’un syndrome du choc toxique.

LE SYNDROME DU CHOC TOXIQUE (SCT)

Le syndrome du choc toxique est une infection due au staphylocoque doré, une bactérie que l’on trouve souvent dans notre corps ou sur notre peau, mais qui peut parfois créer une toxine appelée TSST-1 qui va ensuite provoquer le choc toxique. Elle touche une centaine de femmes ou peut-être plus par an. Malheureusement, elle n’est pas toujours déclarée comme telle malgré ses conséquences potentiellement mortelles.

Les risques d’attraper cette infection s’accroissent quand on a ses règles et que l’on conserve trop longtemps une protection hygiénique interne, comme le tampon ou la coupe menstruelle. En effet, “la conservation” du sang pendant une longue durée dans le vagin en fait un endroit idéal pour le développement de bactéries qui intoxiqueront le sang par la suite. 

Malheureusement, aucune étude épidémiologique à laquelle nous pouvons réellement nous fier existe pour l’instant qui nous permettrait de mieux la dépister ou de mieux la recenser. « On a une vingtaine de cas déclarés en laboratoire, mais comme il ne s’agit pas d’une maladie à déclaration obligatoire, cela reste sous-évalué », déclare Gérard Lina, praticien hospitalier en bactériologie au Centre national de référence (CNR) des staphylocoques. Dans la mesure où le dépistage et le recensement de la maladie restent toujours difficiles, nous pouvons au moins tenter de connaître les symptômes de cette maladie, soit les signes qui doivent nous alerter. 

LES SIGNES QUI DOIVENT VOUS ALERTER

La maladie semble d’autant plus difficile à détecter qu’elle génère les mêmes désagréments qu’une maladie fréquente telle la gastro-entérite ou des états grippaux. Si vous êtes victime du syndrome du choc toxique, vous êtes donc susceptible d’avoir des nausées, des vomissements, des diarrhées, mais également de la fièvre, des maux de tête, des courbatures… Tout cela ne fait que s’aggraver au fil des heures, affirme le professeur Lina. Attention : les symptômes peuvent varier d’une femme à l’autre. 

Mais ce qui doit le plus vous mettre en garde, outre les symptômes déjà énoncés, est ce qui est le plus spécifique de l’infection : l’éruption cutanée. Ainsi, si de grandes taches semblables à des coups de soleil apparaissent sur votre peau, à divers endroits sur tout votre corps, il faut tout de suite se rendre à l’hôpital. « Les toxines activent les globules blancs qui vont emmener l’inflammation au niveau de la peau », explique Gérard Lina. Cette éruption cutanée est le signe de l’empoisonnement de l’organisme : à partir de ce moment, le choc toxique risque d’arriver rapidement. Suite à l’éruption cutanée s’enchaînent une baisse de la tension artérielle, la défaillance des organes et des fonctions vitales qui peuvent ensuite provoquer la mort. Selon la quantité de toxines dans le sang, l’évolution des symptômes peut varier de quelques heures à une demi-matinée. « Plus ils sont pris à temps, plus on évite un séjour en réanimation, des nécroses et surtout le décès », observe Lina. 

LES GESTES À ADOPTER POUR ÉVITER LE SCT

Voici quelques gestes à adopter pour éviter de contracter le syndrome du choc toxique. En premier lieu, au moindre doute et au moindre symptôme observé et/ou ressenti, il faut agir.

Le premier réflexe à adopter est d’enlever la protection interne (le tampon ou la coupe menstruelle), et de la remplacer immédiatement par une protection externe, comme une serviette ou une culotte de règles. « Sans ce tampon ou cette coupe menstruelle, le sang n’est plus maintenu dans le vagin. » Les symptômes ont ensuite une chance de disparaître, et si ce n’est pas le cas, une consultation médicale d’urgence s’impose. Nous rappelons que nous ne devons pas conserver une protection interne pendant plus de 6h, ce qui est déjà beaucoup car plus de temps nous la gardons, plus les risques s’accroissent. 

Ensuite, il faut savoir qu’une stérilisation de la coupe menstruelle est nécéssaire à chaque utilisation ; il ne faut pas oublier de se laver les mains avant d’insérer une protection intime, et alterner protection hygiénique interne et protection hygiénique externe pour un meilleur drainage du sang. Finalement, il vaut mieux éviter de faire sa nuit avec une protection interne.

NOUS NE SOMMES PAS TOUTES ÉGALES FACE À CETTE INFECTION

Malheureusement, toutes les femmes ne sont pas au même niveau concernant le SCT. Le professeur Lina a observé que « 4 % des femmes sont porteuses du staphylocoque doré producteur de la mauvaise toxine et 10 % ne disposent pas d’anticorps nécessaires pour s’en protéger ». Cela étant dit, « la composition de la flore vaginale varie tellement d’un cycle à l’autre que l’on peut être porteuse un jour et l’autre non. C’est une fausse protection », alerte le bactériologiste. Il faut également considérer l’âge, parce que “50 % des cas surviennent avant 17 ans, et le pic de la maladie arrive autour des 15 ans”.

Ce mardi 11 février, des députées ont remis leur rapport parlementaire d’information sur les menstruations : il a pour objectif de prodiguer aux filles et femmes la meilleure prévention de santé publique possible sur le sujet. Dans ce rapport, elles incitent les fabricants de protections hygiéniques internes à décrire clairement les conditions d’utilisation des protections internes qui, si on les garde trop longtemps, sont susceptibles de provoquer un syndrome du choc toxique. Ce rapport parlementaire fait par ailleurs suite aux réclamations de l’Anses, qui estimait en janvier dernier qu’il était nécéssaire de mieux sensibiliser les femmes au risque de SCT.

Gérard Lina a toutefois constaté une prise de conscience de plus en plus importante de la part des patientes, qui « arrivent aux urgences mieux informées et permettent de diagnostiquer de façon plus précoce le choc toxique ». L’histoire du mannequin américain Lauren Wasser, amputée des deux jambes après avoir gardé un tampon trop longtemps, a fait le tour du monde et a malgré elle permis de mieux connaître cette maladie. 

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Yestane
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Yestane

Merci pour cet article très complet. C’est très important que toutes les femmes connaissent ces symptômes pour pouvoir réagir rapidement et bénéficier du traitement approprié au plus tôt. Dans beaucoup de cas, le SCT est pris pour une gastro par le corps médical. Il faudrait que ce soit même enseigné… Lire la suite »