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Susette La Flesche, l’écrivaine amérindienne qui a lutté toute sa vie pour les droits de son peuple

« Les révolutions pacifiques sont lentes mais sûres »

Aujourd’hui considérée comme l’une des figures militantes les plus influentes de la côte Est, Susette La Flesche a consacré l’essentiel de sa vie à dénoncer les injustices subies par les Amérindiens et à faire valoir leurs droits.

Susette La Flesche naît en 1854, à Bellevue, Nebraska. Quelques mois plus tôt, son père, Joseph La Flesche, faisant partie des derniers chefs reconnus des Omahas, a renoncé aux terres ancestrales de son peuple en signant un traité avec le gouvernement fédéral, et l’ensemble de sa tribu a été placé dans une réserve indienne située dans le nord-est de l’État, à proximité du territoire des Poncas.

Comme beaucoup d’enfants amérindiens à cette époque, Susette et ses frères et sœurs (sa cadette Susan entrera dans l’Histoire en devenant la première femme amérindienne à obtenir un diplôme de médecine) fréquentent les bancs d’une école presbytérienne, où elle apprend notamment l’anglais, le latin et la couture.

La jeune fille entre ensuite à l’Elizabeth Institute for Young Ladies du New Jersey, où elle étudie l’art et se prend de passion pour l’écriture. Après avoir obtenu son diplôme, elle décide de retourner dans la réserve des Omaha au début des années 1870, où sa vie va prendre un tournant décisif.

Les habitants d’une réserve indienne photographiés vers 1870

Vers 1875, après des décennies de conflit entre le gouvernement américain et les tribus Sioux relocalisées, les Poncas envisagent de s’installer sur le territoire indien de l’Oklahoma, à environ 500 miles de la réserve Omaha. Mais lorsque les chefs de la tribu visitent les sites potentiels deux ans plus tard, ils découvrent des terres pierreuses et inexploitables.

Les agents mandatés par le gouvernement américain refusent catégoriquement de rapatrier les chefs indiens chez eux, et ces derniers sont contraints de retourner à pied au Nebraska (à l’exception de deux aînés jugés trop faibles pour effectuer le voyage). Éreintés et affamés, ils atteignent finalement leur but en mars 1877.

Pour beaucoup d’historiens, ce qui se passe ensuite est dû à un accord mal traduit entre le gouvernement fédéral américain et les Poncas. Ces derniers pensent avoir obtenu le droit de réoccuper les terres ancestrales et fertiles de leurs ancêtres, mais viennent en réalité de s’engager à vivre sur les parcelles désolées du territoire indien qu’ils ont précédemment visitées.

Au printemps 1877, la quasi-totalité des membres de la tribu se rend à pied à Baxter Springs, au Kansas. Durant ce périple éprouvant, un tiers des Poncas meurent des suites de maladies et de famine (y compris le fils du chef Standing Bear). Après avoir bravé un terrible hiver, le reste de la tribu atteint finalement la nouvelle réserve indienne installée sur les rives de la rivière Arkansas.

En janvier 1879, Standing Bear et un petit groupe de Poncas repartent pour le Nebraska afin que le chef indien puisse inhumer les ossements de son fils sur les terres de ses ancêtres.

Lorsque les Poncas atteignent le Nebraska, Joseph La Flesche et sa fille les accueillent au sein de la réserve Omaha et les cachent. Mais à l’issue d’une nouvelle confrontation avec le gouvernement américain, Standing Bear et ses compagnons sont arrêtés et jugés par le tribunal fédéral du district.

La Flesche parle couramment l’anglais et le français et maîtrise également l’omaha et le ponca. Bien qu’extrêmement timide, elle devient l’interprète de Standing Bear durant son procès en 1879, et écrit dans les journaux locaux des articles sur le sort terrible des peuples autochtones du Nebraska.

À l’issue du procès, le juge Elmer Dundy rend une décision forte qui reconnait les droits des tribus amérindiennes, en déclarant : « Un Indien est une personne au sens de la loi, et il n’est pas de loi qui donne à l’armée américaine le pouvoir de priver de force les Indiens de leurs terres. »

Les chefs de la tribu amérindienne des Poncas photographiés en 1877

Il s’agit de la première décision fédérale reconnaissant explicitement les Amérindiens comme des personnes au sens de la loi américaine, et les Poncas sont finalement autorisés à regagner leurs terres du Nebraska.

Le combat de La Flesche ne fait cependant que commencer. En compagnie de Standing Bear, de son demi-frère Francis et d’un journaliste originaire d’Omaha nommé Thomas Tibbles (qui a contribué à faire connaître le sort des Poncas et qu’elle épousera par la suite), Susette donne de nombreuses conférences dans l’est du pays.

Vêtue d’une robe en peau de cerf et se présentant sous son nom indien traduit, « Bright Eyes » (signifiant littéralement « Yeux Brillants »), elle évoque les conditions de vie dans les réserves indiennes et milite pour une révision complète des politiques fédérales concernant les peuples autochtones.

En 1887, elle se rend en Angleterre et en Écosse où elle fait du lobbying auprès du gouvernement britannique et de la reine Victoria afin que les peuples autochtones du Canada bénéficient des mêmes droits que les citoyens du pays, devenant ainsi une figure militante internationalement reconnue.

De retour aux États-Unis, La Flesche témoigne devant le Congrès américain, rencontre le président Rutherford B. Hayes et sa femme à la Maison-Blanche, et est remarquée par le poète Henry Wadsworth Longfellow.

Elle entame ensuite une brillante carrière d’écrivaine et de journaliste, qui la mènera jusqu’à la réserve indienne de Pine Ridge, dans le sud-ouest du Dakota du Sud, afin d’effectuer un reportage sur le massacre de Wounded Knee, qui a coûté la vie à plus de 300 Amérindiens de la tribu Lakota.

Susette La Flesche écrit également sur la vie des Amérindiens pour des journaux destinés aux enfants et fait valoir ses talents de dessinatrice en illustrant plusieurs ouvrages. Grâce à ses différentes réalisations, elle devient la première écrivaine et artiste amérindienne publiée.

En 1890, la journaliste militante dénonce le massacre de Wounded Knee, qui a coûté la vie à plus de 300 Amérindiens

La Flesche décède le 26 mai 1903 à l’âge de 49 ans dans la réserve qui l’a vue naître et le Sénat américain lui rend un hommage appuyé. Elle est officiellement intronisée au Nebraska Hall of Fame en 1983. Comme elle l’écrivait quelques années plus tôt : « Les révolutions pacifiques sont lentes mais sûres. Il faut du temps pour sensibiliser une nation aux concepts de justice et de liberté, mais l’évolution des mentalités est d’autant plus durable lorsqu’elle se fait progressivement. »

Pour aller plus loin, découvrez la véritable histoire de Thanksgiving célébrant… un génocide amérindien.

Par Yann Contegat, le

Source: Mental Floss

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