Inquiétant : la qualité du sperme a baissé de 50 % dans les pays développés

Cela ressemble bien à une épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’humanité tout entière. Depuis plusieurs décennies, la quantité comme la qualité des spermatozoïdes s’effondre dans les pays riches. En cause nos modes de vie, mais aussi – encore et toujours – les perturbateurs endocriniens.

Un fait connu

Il ne s’agit pas tout à fait d’un scoop pour la communauté scientifique. Dans de nombreux pays, une baisse de la qualité du sperme avait déjà été observée. De nombreuses ont documenté ce phénomène dans de nombreux pays depuis une vingtaine d’années : aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande ou encore au Royaume-Uni (où une étude parue dans le British Medical Journal avait conclu à une division par deux du nombre de spermatozoïdes en moyenne entre 1938 et 1990).

En France également, une étude publiée en 2012 avait fait grand bruit : les chercheurs de l’institut de veille sanitaire InVS avaient montré qu’entre 1989 et 2005, la quantité de sperme était passée de 73,6 millions par Ml à 54,9. Soit une baisse de 32 %. Parallèlement, la part de spermatozoïdes bien formés avait chuté de 32 %.

La baisse de qualité du sperme concerne autant la concentration de spermatozoïdes que leur qualité

 

Une étude d’une ampleur nouvelle

Des critiques avaient parfois été émises contre les précédentes études, concernant la méthode de comptage notamment. Certains considèrent que les méthodes de comptage s’étant grandement améliorées, les chiffres anciens de spermatozoïdes bien formés auraient pu être surestimés. Bien que souvent conséquents (26 000 personnes pour l’étude française de 2012), les échantillons avaient été remis en cause (anonymat des participants, répartition géographique trop proche…).

La nouvelle étude, menée par des équipes de chercheurs internationaux (Israël, Espagne, Brésil, Etats-Unis…), recoupe les données de plus de 7 000 études dont ils ont extrait 185 travaux portant sur plus de 40 000 hommes, dont le sperme a été collecté de 1973 à 2011. Il s’agissait donc de cerner le problème à une échelle plus large. Et leurs conclusions, publiées dans Human Reproduction, sont sans appel.

Si le seuil d’infertilité est d’environ 15 ou 20 millions de spermatozoïdes par ml de sperme, les taux inférieurs à 50 millions/mL retardent le moment de la conception chez de nombreux couples

 

Une baisse effrayante

La qualité du sperme dans les pays riches a chuté de plus de 50 %. Idem pour leur quantité. Pire, le phénomène tant à s’accentuer, notamment aux États-Unis ou en Australie. Le taux mondial reste de plus de 60 millions/ml, bien loin du seuil d’infertilité retenu par l’OMS (15 millions/ml). Mais comme les chercheurs français l’avaient montré auparavant, cette baisse est continue. A ce rythme-là, un problème majeur d’infertilité pourrait toucher l’ensemble de ces populations d’ici quelques décennies.

Une question taraude en effet les chercheurs : pourquoi cette baisse s’observe-t-elle principalement dans les pays dits occidentaux ? En Asie, en Amérique du Sud ou en Afrique en effet, on n’observe pas un déclin aussi dramatique des capacités reproductives.

Si cette baisse se poursuit au rythme actuel, les hommes seraient infertiles dans les pays industrialisés d’ici à 3 ou 4 décennies

 

Les perturbateurs endocriniens en question

La cause est probablement multi-factorielle, et par là liée à nos modes de vie moderne. On peut incriminer la sédentarité et le manque d’effort physique : on sait en effet que les sportifs ont un sperme de meilleure qualité. Des études mettent aussi en cause l’explosion de l’obésité, ou encore le tabagisme. Mais ces pathologies de la vie moderne ne sont pas l’apanage des pays riches, bien qu’ils y soient sûrement plus prononcés.

Cette disparité suggère en réalité une forte responsabilité des produits chimiques. Et notamment de ceux que l’on appelle les perturbateurs endocriniens. Présents dans la plupart des objets de la vie quotidienne, que ce soit les emballages, les cosmétiques, la plupart des plastiques, ils sont aussi omniprésents dans les pesticides modernes. On pense aujourd’hui qu’ils ont un effet délétère sur nos organismes, et plus particulièrement sur nos systèmes reproductifs.

L’influence des industries chimiques ou agroalimentaire nous fait perdre de vue les risques qu’elles font peser sur notre avenir. Ils nuiraient même à notre développement intellectuel. Il est donc urgent de parvenir à prouver de manière certaine leur nuisance, pour pouvoir les interdire. Avant que nous ne soyons tous stériles.

Présents dans les pesticides, les perturbateurs endocriniens seraient particulièrement néfastes en cas d’exposition prénatale

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