Dalí photographié en 1972 — © Allan Warren / Wikimedia Creative Commons

De récentes expériences ont confirmé que l’approche utilisée par les illustres Thomas Edison et Salvador Dalí, consistant à interrompre la première phase du sommeil, aidait les sujets à résoudre un problème mathématique.

Évaluer objectivement l’influence de l’hypnagogie sur la créativité

Quand nous nous endormons, nous pouvons passer plusieurs minutes dans un état appelé hypnagogie ou « N1 », caractérisé par des rêves intenses, avant de plonger dans un sommeil plus profond. Lorsqu’il était confronté à des problèmes complexes, Edison avait l’habitude d’exploiter cet état. Pour ce faire, il tenait une bille d’acier dans chaque main pendant qu’il s’assoupissait. Lorsqu’il perdait conscience et laissait tomber les billes, le bruit le réveillait brusquement. D’autres personnalités, comme l’artiste espagnol Salvador Dalí, ont également eu recours à cette approche pour stimuler leur créativité.

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Science Advances, Delphine Oudiette et ses collègues de l’Inserm ont évalué objectivement l’influence de l’hypnagogie sur la créativité en demandant à des sujets de s’attaquer à un problème mathématique. Ceux-ci ont reçu des séquences de nombres à huit chiffres, qu’ils devaient manipuler d’une certaine manière en appliquant deux règles, jusqu’à ce qu’ils parviennent à une réponse finale.

L’équipe a demandé à 103 personnes de réaliser la tâche mathématique, pour laquelle il existait un « raccourci » dont la présence n’avait pas été précisée, donnant systématiquement la bonne réponse. Celles-ci ont ensuite bénéficié d’une pause de 20 minutes dans une pièce sombre, au cours de laquelle elles ont été encouragées à s’assoupir. Les 16 % de participants ayant trouvé le raccourci avant la phase de sommeil/repos ont été exclus de l’étude.

— Irina Bg / Shutterstock.com

Comme pour la technique d’Edison, on a demandé aux participants de tenir une bouteille dans leur main, de sorte que s’ils s’endormaient et la faisaient tomber, le bruit pourrait les réveiller. Des électrodes étaient également placées sur le cuir chevelu des volontaires afin que les chercheurs puissent savoir s’ils s’étaient effectivement endormis.

Des résultats spectaculaires

Grâce à cette méthode, 24 personnes ont connu au moins un épisode de 30 secondes de sommeil N1 pendant leur phase de repos, 14 autres sont passées du N1 à un stade de sommeil plus profond, tandis que les autres ne se sont pas endormies du tout.

Après le repos, ces volontaires ont effectué la tâche mathématique une seconde fois. À cette occasion, 83 % de ceux qui n’avaient atteint que le stade N1 ont découvert le raccourci caché, tandis que les taux de réussite pour ceux qui sont restés éveillés ou qui sont passés au stade N2 étaient respectivement de 31 % et 14 %.

« C’est un bon équilibre »

Selon Oudiette, le stade N1 du sommeil permet de trouver des idées créatives car il se situe à mi-chemin entre l’éveil et l’inconscience. « Nous pouvons nous laisser aller à l’exploration, mais en même temps identifier potentiellement des modèles qui pourraient nous être utiles », explique la chercheuse. « C’est un bon équilibre. »

« Ces résultats passionnants ont été obtenus en se basant sur une tâche créative bien définie », commente Adam Haar Horowitz, chercheur au MIT ayant mis au point un dispositif portable spécifiquement conçu pour réveiller son porteur lorsqu’il entre dans le stade N1. « L’hypnagogie est vraiment un type de conscience que nous commençons tout juste à explorer. »

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