— Anne Jea / Wikimedia Commons

La Schtroumpfette apparaît pour la première fois en 1966 dans Le Journal de Spirou. Elle est le premier Schtroumpf de sexe féminin, créé par Gargamel pour semer la discorde parmi le village des Schtroumpfs. Capricieuse, manipulatrice, susceptible, la Schtroumpfette est un concentré caricatural des préjugés que l’on accordait aux femmes dans les années 1960. Le fait même qu’un tel personnage soit créé pour semer la zizanie en dit long sur la mentalité misogyne de l’époque. En effet, le cliché usuel énonce qu’il n’y aurait qu’une femme qui mettrait le bazar dans un village d’hommes.

Le sorcier Gargamel, ennemi de longue date des Schtroumpfs, met donc en place un stratagème afin de nuire à ses adversaires : il crée ce qu’il appelle « une statuette, dotée d’une nature féminine« . Pour adopter cette nature feminine, il faut notamment à la statuette « un brin de coquetterie (…) trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère (…) un doigt de tissu de mensonges, cousu de fil blanc (…) un quarteron de mauvaise foi, un dé d’inconscience, (…) une part de sottise, (…) une chandelle brûlée par les deux bouts ». Voici donc une belle ribambelle de clichés négatifs pour qualifier une figure féminine.

La Schtroumpfette, tout d’abord aux cheveux courts et noirs, et aux traits épais, devient rapidement la belle fille blonde aux traits harmonieux que nous connaissons, grâce à l’intervention presque divine du Grand Schtroumpf qui gracieusement lui offre une opération de chirurgie esthétique. Cette dernière peut vraiment remercier le Grand Schtroumpf de l’avoir rendue belle ! Mais la Schtroumpfette se définit surtout par son caractère. En premier lieu, elle est capricieuse, et c’est la raison pour laquelle les Schtroumpfs finissent par l’exclure au moyen d’un malin subterfuge : ils lui font croire qu’elle a pris du poids. Un très bon stratagème face à la Schtroumpfette, qui est par ailleurs susceptible. Elle est également manipulatrice et semble user de son charme pour obtenir ce qu’elle veut. Par exemple, elle parvient à convaincre le Schtroumpf poète qu’il doit ouvrir la vanne du barrage, ce qui engendre l’inondation du village. Elle est ensuite jugée pour son rôle d’espionne du sorcier par le Grand Schtroumpf.

Heureusement, l’évolution des épisodes des Schtroumpfs marque un changement dans le caractère de la Schtroumpfette, bien qu’elle soit toujours perçue comme un objet de désir et de séduction, qu’elle soit toujours un objet dont l’existence n’est validée que par l’attrait qu’elle représente pour les Schtroumpfs : lorsqu’elle est en sous-vêtements ou en maillot de bain, comme dans Schtroumpf les bains ou On ne schtroumpfe pas le progrès, elle fait tourner les têtes. Dans Les Schtroumpfs olympiques, il est annoncé que le gagnant aura un bisou de la Schtroumpfette, ce qui engendre un véritable bazar au bureau d’inscription. Plus tard, elle acquiert de nombreux rôles, bien sûr reliés à une idée féminine, comme infirmière ou garde-malade, mais elle prend également le rôle de mère pour le Bébé Schtroumpf.

Vue pendant longtemps comme la blonde un peu niaise, la Schtroumpfette parvient finalement à gagner l’admiration des autres Schtroumpfs en dirigeant le village d’une main de maître pendant l’absence du Grand Schtroumpf, et il lui offre alors une nouvelle robe et un bonnet rouge.

COMMENTEZ

connectez-vous pour commenter
avatar
  S’abonner  
Notifier de