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Le jeudi 30 janvier, la Fondation Abbé-Pierre a publié de sombres informations concernant le mal-logement en France dans son rapport de 2020 : le nombre de sans-abri est toujours élevé et leurs conditions de vie s’aggravent alors que les efforts pour les reloger sont insuffisants.

« De sombres records »

Aujourd’hui, quatre millions de personnes sont mal logées en France et le nombre de sans-abris, dormant dans la rue, les parcs, les jardins ou encore les hôpitaux, reste encore flou par manque d’informations. Selon la Fondation Abbé-Pierre, près de 250 000 personnes vivaient dans un centre d’hébergement d’urgence ou d’accueil pour demandeurs d’asile en 2019.

« L’année 2019 est ponctuée de sombres records : 49 733 nuitées à l’hôtel financées par l’État, en hausse de 7 % par rapport à 2018 ; 2,113 millions de ménages inscrits sur les listes d’attente pour un logement social fin 2018, soit 2 % de plus que l’année précédente ; 15 993 ménages expulsés de leur logement en 2018, avec le concours de la force publique, soit 4,2 % de plus qu’en 2017 ; et on dénombre 572 440 coupures d’électricité ou de gaz pour impayés en 2018. Concernant le nombre de personnes sans abri, il nous est difficile d’en conclure qu’il s’aggrave car nous manquons de données nationales, la dernière enquête de l’Insee remontant à 2012« , explique Manuel Domergue, chargé d’études à la Fondation Abbé-Pierre.

Même si le gouvernement tente d’aider avant tout les familles, notamment grâce au 115 (numéro d’urgence pour les sans-abris), les actions pour les reloger sont insuffisantes. Par exemple, en Gironde, 300 demandes sont laissées à l’abandon. À Saint-Étienne, de nombreuses familles sont obligées de vivre dans des tunnels. Enfin, dans le Rhône, plusieurs dizaines d’enfants sont contraints de dormir dans des écoles à Lyon, Vaulx-en-Velin et Lyon, grâce aux initiatives de certains parents.

Selon le Collectif des associations unies, 500 à 700 enfants n’avaient toujours pas de solution d’hébergement chaque soir en Ile-de-France, à la fin du mois de novembre 2019. Le Centre d’action sociale protestant estime à son tour que 158 bébés sont nés dans les rues de Paris en 2019, contre 100 en 2018 et 49 en 2017. Chaque soir, le Samusocial de Paris loge 20 000 enfants dans des hôtels. Enfin, le Collectif Les Morts de la rue estime qu’environ 495 décès ont eu lieu en 2019, contre 683 en 2018.

Tout comme la Ville de Paris, d’autres municipalités réalisent des recensements de sans-abris à l’aide de bénévoles à la fois professionnels et associatifs. Paris en avait alors recensé 3 622 en 2019 et Toulouse 767, dont 262 enfants.

« La première bataille : loger tout le monde dignement »

Même si la France réalise quelques efforts pour lutter contre le mal-logement, le nombre de sans-abris progresse. En juillet 2017, Emmanuel Macron affirmait d’ailleurs : « La première bataille : loger tout le monde dignement. (…) D’ici à la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois. » Des efforts qui n’ont donc pas suffisamment porté leurs fruits.

En septembre 2017, Emmanuel Macron a lancé le programme « Logement d’abord » à Toulouse. Projet censé accélérer la lutte contre le mal-logement. Il souhaite créer 30 000 logements sociaux par an, 10 000 places en pensions de famille d’ici l’année 2022 et 40 000 places dans des parcs privés. En 2019, le gouvernement est également parvenu à doubler la résorption des bidonvilles : de 4 millions d’euros à 8 millions d’euros.

« Nous avons été surpris par le nombre de femmes et d’enfants à la rue. En 2020, nous étendons l’enquête aux trente-trois squats recensés en ville et demanderons aux personnes leur pays d’origine, une information gardée confidentielle« , a expliqué Hervé Petton, coordonnateur du service Logement d’abord à la mairie de Toulouse, à l’occasion d’un atelier de la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement organisé le 24 janvier à Paris.

« Il n’y a pas d’obstacle financier mais ça coince au niveau des élus » 

Grâce aux initiatives des organismes HLM, suffisamment de logements sociaux ont pu être construits : 34 000 en 2019. Néanmoins, seulement 2 348 places de pension ont été ouvertes entre 2018 et 2019. Pour remédier à cela, le promoteur Nexity promet d’ouvrir 5 000 places de pension. La toute première pension composée de dix-huit logements ouvrira ses portes au printemps 2020, dans les Bouches-du-Rhône, soutenu par la Fondation Abbé-Pierre.

« Il était impensable que l’un des premiers opérateurs français du logement et ses 10 000 collaborateurs ne fassent rien pour loger nos concitoyens les plus défavorisés. Parmi tous les projets, soixante-deux sites ont été choisis, pour environ 1 500 studios. Nous avons conclu une quinzaine de partenariats avec des associations. Il n’y a pas d’obstacle financier mais ça coince au niveau des élus : ceux de droite ne veulent pas de ce logement très social, ceux de gauche trouvent qu’ils en ont déjà trop« , rapporte Christian Dubois, membre de Nexity.

« Pour réussir, nous devons travailler de façon plus fluide entre les services de l’État »

« Les obstacles à la mise en oeuvre du plan Logement d’abord sont aussi de nature institutionnelle. Pour réussir, nous devons travailler de façon plus fluide entre les services de l’État, qui a la charge de l’hébergement, les collectivités locales qui ont celle du logement, et les bailleurs sociaux« , explique Sylvain Mathieu, délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement.

150 logements vont également être mis à disposition des familles sans logement grâce à l’Office Seine-Saint-Denis Habitat. Quarante-trois familles y sont d’ailleurs déjà installées. « Nous sommes stupéfaits de la vitesse à laquelle elles s’intègrent, se lient avec leurs voisins, utilisent les ressources de leur quartier. Et si leur dossier n’est pas complet lors de l’attribution du logement, nous le louons en direct et faisons glisser le bail dès que possible« , explique David Ferrag, membre d’Interlogement 93.

« L’État fait des efforts, les résultats sont encourageants mais la politique du logement peine à changer d’échelle. Il faut aussi miser sur la prévention et ne pas fragiliser les bailleurs sociaux par des coupes répétées dans leurs finances« , explique le ministère.

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Andre COUTAND
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Andre COUTAND

Pourtant Micron en avait fait des promesses, à ce sujet ?