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La Révolte du Bounty, cette célèbre mutinerie causée par… un fruit exotique

Le fruit de la discorde

Le 28 avril 1789, l’équipage du H.M.S. Bounty, mené par un certain Fletcher Christian, se révolte contre William Bligh, son capitaine. Ce dernier et ses partisans sont jetés dans une chaloupe, tandis que les mutins s’installent sur la petite île polynésienne de Pitcairn. Un soulèvement historique dû à une plante exotique : l’arbre à pain.

Apparenté au figuier, l’arbre à pain est une plante tropicale produisant de gros fruits ronds de couleur jaune-vert, que les Européens découvrent à Tahiti en 1769. Le botaniste anglais Joseph Banks se rend rapidement compte que ces fruits abondants présentent une importante valeur nutritive et pourraient permettre de nourrir les esclaves travaillant dans les plantations de canne à sucre des Antilles britanniques à moindre coût.

L’idée de Banks séduit le roi George III, qui ordonne à William Bligh, capitaine du Bounty, de mettre le cap sur Tahiti afin de récupérer des centaines de jeunes plants d’arbres à pain qui seront ensuite replantés en Jamaïque.

Les historiens sont les premiers à reconnaître que l’idée de Banks était excellente : un seul arbre à pain peut produire près de 200 kilos de fruits par saison, pousse rapidement et ne nécessite que peu d’entretien. Riches en amidon, les fruits à pain sont également une source importante de fibres, de minéraux et de vitamines.

L’arbre à pain produit des fruits particulièrement nourrissants

Après un voyage éreintant de plus de 40 000 kilomètres, le Bounty arrive enfin à Tahiti. À l’issue d’une longue permission, quelque 1 015 jeunes plants d’arbres à pain sont chargés dans les cales, et le navire met le cap sur les Caraïbes. Moins de trois semaines plus tard, l’équipage se révolte : il s’agit de la tristement célèbre mutinerie du Bounty.

Aujourd’hui encore, ses causes exactes restent discutées par les historiens. Parmi les plus probables, certains évoquent l’arrogance et les abus du capitaine Bligh, tandis que d’autres pensent que l’instabilité mentale de Christian, les privations d’eau (conservée pour arroser les arbres à pain) et l’attachement de certains marins aux femmes tahitiennes ont joué un rôle prépondérant.

Fous de rage, les mutins jettent les plants d’arbres à pain par-dessus bord, tandis que Bligh et ses quelques partisans sont laissés à leur propre sort en pleine mer.

Entassés dans une modeste chaloupe, ces derniers se voient « gracieusement » offrir par Christian et ses hommes un sextant, ainsi que 16 morceaux de porc salé, du rhum et de l’eau. Contre toute attente, ils réussissent l’exploit de rallier le Timor, île faisant alors partie des Indes orientales néerlandaises, après un périple de près de 6 000 kilomètres.

Guidés par Fletcher Christian, les mutins abandonnent le capitaine William Bligh et 18 marins qui lui étaient restés loyaux le 28 avril 1789

Bligh est cependant loin d’en avoir fini avec l’arbre à pain. Promu capitaine du Providence suite à son improbable épopée dans le Pacifique, il est de nouveau envoyé à Tahiti en 1791.

Cette fois, il recueille quelque 2 126 plants d’arbres à pain, mais à cause de conditions difficiles à bord (un froid intense, des embruns salés et un manque d’eau douce pour arroser les plantes), seuls 678 d’entre eux survivront à leur long voyage jusqu’aux Caraïbes.

Lorsque Bligh décharge sa cargaison de fruits à pain sur l’île de Saint-Vincent et en Jamaïque, c’est la douche froide : les esclaves refusent catégoriquement de les manger et préfèrent les donner aux cochons.

Appelé ainsi en raison de sa ressemblance supposée avec du pain frais, le fruit possède un goût particulièrement fade que certains comparent à celui d’une pomme de terre mal cuite. Il faudra finalement attendre près de 40 ans (soit des années après l’abolition de l’esclavage au sein de l’Empire britannique) pour qu’il devienne un aliment incontournable sur les îles caribéennes.

Photographie de 1908 de la maison en bois construite par les mutins du Bounty sur l’île de Pitcairn

Pouvant être bouilli, cuit au four, à la vapeur et même frit, il est aujourd’hui cultivé partout dans le monde, des îles du Pacifique Sud aux Caraïbes, en passant par l’Asie du Sud, l’Amérique centrale et l’Afrique. Ironie du sort, il prospère également sur l’île de Pitcairn, dernière demeure connue des mutins du Bounty qui ne le portaient pas vraiment dans leur cœur.

Pour aller plus loin, découvrez comment une éclipse a sauvé Christophe Colomb et son équipage d’une mort certaine, suite à une terrible mutinerie.

Par Yann Contegat, le

Source: National Geographic

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