En creusant les fondations d’une école à Francfort, des archéologues ont exhumé un sanctuaire romain vieux de dix-neuf siècles. Le site contenait des puits rituels, des offrandes multiples et, peut-être, des traces du premier sacrifice humain documenté en Germanie. Une découverte que les spécialistes qualifient d’exceptionnelle.

Dix-neuf siècles sous le bitume : Francfort révèle un complexe sacré romain de 4 500 mètres carrés presque intact
Les fouilles de 2016 à 2022 ont mis au jour un sanctuaire romain sous la Römerstadt School, à Heddernheim. Ce district cultuel s’étend sur 4 500 mètres carrés au cœur de l’ancienne cité. Étonnamment, le site était resté presque intact depuis dix-neuf siècles.
On dénombre onze bâtiments en pierre, soixante-dix puits rituels et dix fosses de dépôt dans ce complexe sacré. Ces structures révèlent par ailleurs des agencements inhabituels, sans équivalents dans les provinces de Gaule ou de Germanie. Au cœur de l’ancienne cité, ce sanctuaire occupait l’emplacement du marché central.
Squelette, statuette de Diane et inscription datée au jour près : un puits de Nida ranime 17 siècles de mystère
Un puits concentre trois découvertes majeures. On y trouve une statuette en bronze de Diane, une inscription dédicatoire à Mercure Alatheus et un squelette humain. De plus, des monnaies dans le remplissage indiquent que le puits n’a pas été comblé avant 249 après J.-C.
Ces trois éléments posent une question : le squelette est-il celui d’un mort enterré là par hasard ? Ou représente-t-il, en revanche, une victime offerte aux dieux ? Les chercheurs se gardent de trancher. Toutefois, l’hypothèse du sacrifice humain rendrait ce sanctuaire extraordinairement singulier dans le monde romain.
En effet, l’inscription nomme un soldat de la 22e Légion stationnée à Mayence. Il grave son vœu à Nida le 9 septembre 246 après J.-C. Ce pèlerinage de 80 km révèle l’importance du site : Nida était assez célèbre pour mériter un tel détour.
Francfort il y a 19 siècles : Nida réunissait Jupiter syrien, déesse gauloise et légionnaires venus de tout l’Empire
Fondée au milieu du Ier siècle, Nida s’impose rapidement comme un centre économique majeur. Ainsi, l’empereur Trajan la désigne capitale de la Civitas Taunensium en 110 après J.-C. La ville prospère pendant deux siècles avant son abandon vers 275 après J.-C.
Le sanctuaire honorait plusieurs divinités : Jupiter, Mercure Alatheus, Diane, Apollon, Épona et Jupiter Dolichenus. La première est une divinité syrienne, adoptée par l’armée romaine ; la seconde vient, quant à elle, de la tradition gauloise. Nida ressemblait dès lors moins à un temple monodéiste qu’à un forum spirituel ouvert.
En outre, le sanctuaire a révélé 254 monnaies et plus de 70 fibules en argent et en bronze. Ces objets métalliques sont habituellement associés aux offrandes dans les sites religieux romains. Les puits, eux, contenaient des céramiques, des restes de poissons et d’oiseaux, traces de repas rituels.
Un financement de plus d’un million d’euros engage trois ans de recherche sur le possible sacrifice humain de Nida
Deux fondations de recherche, l’une allemande et l’autre suisse, ont alloué plus d’un million d’euros pour étudier Nida. Ce financement interdisciplinaire permettra d’analyser 150 échantillons archéozoologiques et archéobotaniques. Les équipes associées réunissent également les universités Goethe et de Bâle, ainsi que le musée archéologique de Francfort.
Les chercheurs affirment que des analyses complémentaires sont indispensables avant de conclure à un sacrifice humain rituel. Ce site demeure toutefois l’une des découvertes les plus remarquables de Germanie romaine. Sous les rues de Heddernheim, deux mondes voisinent : une religion naissante et une autre qui s’éteignait.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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