Antarctique glacier
Le bateau d’expédition devant le front du glacier Thwaites — © Alexandra Mazur / University of Gothenburg

La récente analyse des données collectées par un robot sous-marin de pointe dans l’Antarctique occidental a offert un aperçu sans précédent de la situation du glacier Thwaites, se révélant encore plus dramatique que prévu.

La situation inquiétante du glacier Thwaites

D’une superficie équivalente à celle de la Grande-Bretagne, Thwaites est surnommé le « glacier de l’Apocalypse », car il s’agit de l’un des plus instables de l’Antarctique. Son rythme de fonte s’accélère, avec une vitesse d’écoulement ayant doublé au cours des trois dernières décennies, et certaines études suggèrent qu’il pourrait être à quelques années d’un effondrement complet. Si cela se produisait, la quantité d’eau libérée par ce gigantesque flux de glace serait suffisante pour faire monter le niveau global des mers de plusieurs mètres.

Les scientifiques savaient déjà que le glacier connaissait actuellement une phase de retrait rapide, mais de nouvelles recherches publiées dans la revue Nature Geoscience indiquent que la situation est encore plus critique qu’on ne l’estimait.

En 2019, des conditions estivales extrêmes et l’absence de glace de mer avaient permis aux géophysiciens de l’université de Floride du Sud de déployer un robot sous-marin avancé bardé de capteurs pour une mission de 20 heures visant à cartographier pour la première fois le plancher océanique au pied du glacier.

Vue 3D du fond marin, observé pour la première fois depuis une crête sous-marine située juste en face de la plate-forme du glacier — © Alastair Graham / University of South Florida

L’analyse des données collectées a révélé des caractéristiques jusqu’alors inconnues des scientifiques, notamment un ensemble de 160 crêtes parallèles formées lorsque la ligne d’ancrage du glacier recule et oscille de haut en bas au gré des marées.

Des impulsions de recul très rapides

La comparaison de ces formations de crêtes avec les cycles de marée de la région a offert à l’équipe un meilleur aperçu de l’amplitude du retrait du glacier au cours des 200 dernières années. Ceux-ci ont notamment découvert que sur une période de cinq à six mois seulement, Thwaites avait reculé d’environ 2,1 km, soit le double du taux mesuré par les satellites entre 2011 et 2019.

« Nos résultats suggèrent que des impulsions de recul très rapide se sont produites au glacier Thwaites au cours des deux derniers siècles, et peut-être aussi récemment qu’au milieu du 20e siècle », explique Alastair Graham, auteur principal de l’étude.

« Thwaites ne tient vraiment plus qu’à un fil aujourd’hui, et nous devrions nous attendre à voir de grands changements sur de petites échelles de temps à l’avenir – même d’une année à l’autre – une fois que le glacier se retirera au-delà d’une crête peu profonde au niveau de son lit », conclut Robert Larter, du British Antarctic Survey.

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