Alors que la pandémie de coronavirus a entraîné une baisse généralisée des émissions de gaz à effet de serre, cette nouvelle étude menée par une équipe internationale de chercheurs montre qu’elle ne ralentira pas le réchauffement climatique si l’humanité ne se détourne pas des combustibles fossiles.

Seulement 0,01 °C en moins à l’horizon 2030

Le 11 mars dernier, les niveaux élevés de propagation du coronavirus poussaient l’OMS à requalifier l’épidémie en pandémie, entraînant la mise en place de mesures de confinement dans le monde entier afin de tenter de l’endiguer. Au cours des semaines et mois suivants, la réduction drastique du trafic et la fermeture des industries se traduisaient par une baisse spectaculaire des émissions de gaz à effet de serre, clairement visible sur de nombreuses images satellites.

Mais comme le montrent ces travaux récemment publiés dans la revue Nature Climate Change, ces changements n’auront aucun impact sur le climat mondial, à moins que des dispositions majeures (notamment une réduction significative de l’utilisation des combustibles fossiles) ne soient prises. D’après les chercheurs de l’université de Leeds, même si les mesures de confinement se poursuivent d’une manière ou d’une autre dans le monde jusqu’à la fin de 2021, soit plus d’un an et demi au total, les températures mondiales ne seront inférieures que d’environ 0,01 °C aux précédentes estimations à l’horizon 2030.

« Le confinement a montré que nous pouvions changer et changer rapidement, mais il a également révélé les limites de notre modèle actuel. Sans changement structurel sous-jacent, nous n’y arriverons pas », estime Piers Forster, co-auteur de l’étude, faisant référence aux objectifs climatiques.

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Des changements structurels indispensables pour limiter le réchauffement climatique

Les scientifiques ont identifié comme objectif climatique majeur une augmentation des températures moyennes mondiales par rapport aux niveaux pré-industriels inférieure à 2 °C. Bien que certains pays ambitionnent de limiter cette hausse à moins de 1,5 °C, cet objectif sera difficilement atteignable selon l’équipe. « Pour être tout à fait honnête, il est peu probable que le monde se ‘décarbonise’ assez rapidement pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, mais si nous parvenons à nous en approcher, l’avenir de nos enfants sera meilleur », souligne Forster.

Afin de déterminer dans quelle mesure le confinement et les mesures restrictives affectaient les émissions de gaz à effet de serre et le climat à long terme, les chercheurs se sont appuyés sur des données open-source qui leur ont permis de calculer les variations des niveaux d’émission de 10 gaz à effet de serre et polluants atmosphériques différents entre février et juin 2020 dans plus de 120 pays. Au cours de ces quatre mois, les scientifiques ont constaté que les émissions de polluants, dont le dioxyde de carbone et les oxydes d’azote, avaient diminué de 10 à 30 %, ce qui constitue évidemment une baisse importante.

Cependant, les chercheurs ont découvert que cette baisse des émissions n’aurait pas d’impact significatif sur le changement climatique, en raison du caractère temporaire des mesures restrictives, par opposition à des changements structurels plus importants et à long terme.

— NadyGinzburg / Shutterstock.com

Privilégier une relance verte

En plus de mesurer les effets de ces restrictions temporaires, les chercheurs ont également modélisé l’impact sur le climat de la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles à l’échelle mondiale. Et il s’est avéré que celle-ci avait un effet positif et durable sur le climat.

Ceux-ci ont effet découvert que si l’humanité investissait 1,2 % du produit intérieur brut mondial dans des technologies à faible teneur en carbone, il était possible de réduire de moitié les émissions de CO2 d’ici 2030 par rapport aux projections basées sur les niveaux pré-confinement.

« La baisse des émissions observée pendant le Covid-19 est temporaire et ne fera rien pour ralentir le changement climatique, mais les réponses des gouvernements pourraient être décisives s’ils se concentrent sur une relance verte », concluent les auteurs de l’étude.

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