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De récentes recherches ont suggéré que certaines parties de l’Arctique seront dominées par la pluie dès 2060, soit deux décennies plus tôt que prévu, avec des conséquences majeures sur le climat mondial et la faune locale.

Un tableau particulièrement sombre

La neige représente actuellement la quasi-totalité des précipitations dans l’Arctique, mais la région se réchauffe plus rapidement que le reste du globe et devrait devenir majoritairement pluvieuse au cours du siècle. La transition a déjà commencé : cette année, la pluie est tombée pour la première fois sur le plus haut sommet du Groenland. Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature Communications, une équipe internationale a déterminé que ce changement pourrait intervenir à partir de 2060 plutôt que 2080. D’abord en automne, la saison qui devrait connaître les plus grands changements.

« Tout cela est lié à l’ensemble de la crise climatique, qui contribue à une augmentation beaucoup plus importante des précipitations », souligne Michelle McCrystall, chercheuse à l’université du Manitoba et co-auteure de l’étude. « Les implications seront énormes pour l’ensemble de la vie dans l’Arctique. La pluie tombant sur la neige pourrait notamment recouvrir la végétation de glace, entraînant une famine massive des herbivores. »

Le passage à un Arctique principalement pluvieux aurait également des répercussions mondiales. Il devrait accélérer la fonte du pergélisol, libérant les gaz à effet de serre qui y sont enfermés, et accentuer la perte déjà rapide de la glace de mer arctique. De telles boucles de rétroaction accéléreraient encore le changement climatique, moteur évident de la transition neige/pluie.

« D’une manière générale, si le réchauffement entraîne une apparition plus précoce des précipitations en Arctique, ce sera évidemment mauvais pour toutes sortes de raisons », estime Richard Bintanja, chercheur à l’université de Groningue et également co-auteur de l’étude. « Déjà en 2017, nous évoquions les conséquences généralisées, durables et peut-être même irréversibles de cette transition. »

Des modèles climatiques d’une précision sans précédent

Le passage précoce à un Arctique dominé par la pluie est apparu après que l’équipe a utilisé une nouvelle génération de modèles climatiques plus sophistiqués, connus sous le nom de CMIP6, dont les projections s’appuient sur les observations historiques des précipitations, des températures de l’air en surface ainsi que d’autres données.

L’une des conclusions les plus inquiétantes de l’étude reste que le passage à la pluie dans de nombreuses régions de l’Arctique se produira même si nous parvenons à limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C. Toutefois, les régions arctiques d’Europe occidentale et de Russie ne passeront à la pluie qu’avec un réchauffement de 2 °C, ce qui montre que les changements peuvent être évités si les pays réduisent leurs émissions.

L’impact d’un Arctique majoritairement pluvieux pourrait également être plus mitigé pour le Groenland. Alors que la pluie accélérera la fonte sur les bords de la calotte glaciaire et entraînera une élévation du niveau de la mer (une menace importante pour les communautés côtières du monde entier), des chutes de neige plus importantes sont attendues dans certaines parties du Groenland, ce qui pourrait compenser une partie de la perte de masse de la calotte glaciaire.

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