Le rat-taupe nu intrigue une fois de plus les scientifiques : il défie les lois du vieillissement

Le rat-taupe nu est un rongeur qui il dispose de bien des capacités… Une récente étude lui confère même un pouvoir étonnant : il résiste à la courbe du temps et ses risques de mourir n’augmentent pas à mesure que les années passent.

 

Une espèce aux nombreuses facultés

Le rat-taupe nu. Ce mammifère, malgré son physique plutôt ingrat, est un rongeur qui n’a rien à voir avec les autres. Tout d’abord, il vit en société, comme le feraient les fourmis ou les abeilles : une reine s’occupe de la reproduction et à chaque rat-taupe nu est attribué un rôle : ouvrier, nourrice, soldat… Mais outre le fait que l’espèce ait une organisation sociale incroyable, ses capacités hors normes font du rat-taupe nu un vrai super-héros : il peut survivre jusqu’à 18 minutes sans le moindre apport en oxygène, et est presque totalement immunisé contre les cancers et les maladies cardio-vasculaires.

Son étonnante résistance aux maladies attire forcément la communauté scientifique, qui voit en lui la solution à une vie humaine durable et pérenne. D’autant que le rat-taupe nu semble totalement insensible à la douleur ! Ce précieux animal, seul mammifère à pouvoir régénérer ses neurones après une lésion axonale, dispose également d’une longévité qu’aucun autre rongeur ne possède : il vit en moyenne 30 ans, alors que les souris n’ont, toujours en moyenne, que 4 années de vie devant elles. Une longévité qui pourrait bien s’expliquer par une récente étude publiée dans la revue eLife : malgré les années qui passent, les risques pour un rat-taupe nu de mourir n’augmentent pas.

 

Le rat-taupe nu défie le modèle de Gompertz

Les mammifères sont généralement soumis au modèle de Gompertz. Une fois l’âge adulte atteint, le taux de mortalité augmente. Lorsque l’Homme atteint 30 ans, les risques de mourir sont doublés tous les 8 ans. Une loi que semble défier le rat-taupe nu ! Rochelle Buffenstein, officiant chez Calico, une entreprise fondée par Google en 2013 et spécialisée dans la lutte contre le vieillissement, a étudié pendant plus de 30 ans cette étonnante espèce animale.

Le rat-taupe nu atteint sa maturité sexuelle à 6 mois. En se basant sur sa taille (qui va de 8 à 33 centimètres, sans compter la queue qui peut mesurer jusqu’à 8 centimètres), sa durée de vie ne devrait pas excéder les 6 ans. Mais de nombreux spécimens étudiés vivent jusqu’à 30 ans, et sont même encore capables de procréer.

Après avoir analysé 3 299 rats-taupe nus, Rochelle Buffenstein a découvert que les rongeurs avaient environ 1 chance sur 10 000 de mourir, et ce, peu importe l’âge qu’ils avaient. « Notre étude démontre que les rats-taupe nus ne vieillissent pas de la même manière que les autres mammifères, et présentent au final assez peu de signes de vieillissement. Leurs chances de mourir n’augmentent pas. […] Ces découvertes prouvent encore une fois que les rats-taupes nus sont des animaux exceptionnels, que l’on doit continuer d’étudier pour comprendre leur longévité biologique ».

 

Quelques doutes subsistent

Caleb Finch, de l’université de Californie du Sud à Los Angeles, préfère rester calme quant à cette découverte. La plupart des animaux étudiés dans les laboratoires sont soient tués soient donnés à d’autres scientifiques. De ce fait, seuls 50 rats-taupes nus de l’étude ont vécu plus de 15 ans. Le plus vieux spécimen de Buffenstein avait 35 ans. Selon Finch, il faudrait donc analyser plus de rats-taupes nus, et surtout des plus vieux.

Mais Mme Buffenstein se défend : « Si l’on regarde n’importe quelle autre étude menée sur des rongeurs, un minimum de 100 animaux est suffisant pour percevoir le modèle de Gompertz […] Ici, nous avons 3 000 spécimens et nous ne l’avons pas vu ». S’il est encore un poil tôt pour affirmer que le rat-taupe nu ne subit pas les affres du vieillissement, cette étude demeure un point d’ancrage qu’il ne faut surtout pas négliger. Et surtout, elle confère au rat-taupe nu un nouveau pouvoir potentiel.


Fiez-vous aux rêves car en eux est cachée la porte de l’éternité

— Khalil Gibran