L’expansion de l’agriculture intensive met en péril les objectifs de l’accord de Paris sur le climat. En cause : une utilisation accrue d’engrais artificiels et l’augmentation des populations de bétail, décuplant la concentration de protoxyde d’azote (N2O) dans l’atmosphère.

Une contribution au réchauffement climatique sous-estimée

Dans le cadre de ces travaux récemment présentés dans la revue Nature, une équipe internationale de scientifiques a déterminé que les niveaux de protoxyde d’azote (gaz à effet de serre majeur possédant un pouvoir réchauffant 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone) présents dans l’atmosphère étaient aujourd’hui 20 % plus élevés qu’à l’époque préindustrielle. Et il s’avère que l’agriculture, via l’utilisation d’engrais artificiels et organiques, constitue la principale cause de ce phénomène.

Constituant l’évaluation la plus complète à ce jour de sources et puits de N2O à l’échelle mondiale, cette étude ayant impliqué des scientifiques issus de 48 instituts de recherche dans 14 pays, a notamment estimé que les engrais artificiels étaient à l’origine de deux tiers des émissions de protoxyde d’azote issues de l’agriculture. Ce gaz à effet de serre étant libéré lorsque les microbes présents dans le sol décomposent l’excès d’engrais, en particulier dans les sols trop humides, plus pauvres en oxygène, ses auteurs suggèrent que ces émissions pourraient être réduites via une utilisation d’engrais plus raisonnée.

Ces travaux ont par ailleurs révélé que les émissions de N2O augmentaient à un rythme de 1,4 % par an, soit plus rapidement que les prévisions les plus pessimistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce qui signifie que la température mondiale pourrait dépasser le seuil de réchauffement de 2 ºC prévu dans l’accord de Paris sur le climat. Selon l’étude, les taux actuels d’émissions de protoxyde d’azote nitreux correspondraient en effet à un réchauffement de la planète de plus de 3 ºC par rapport aux niveaux préindustriels.

Représentation schématique du budget mondial de N2O entre 2007 et 2016 en téragrammes (109 kilogrammes) par an. Les émissions de sources anthropiques sont représentées par des flèches orange (agriculture, eaux usées, combustion de la biomasse, combustibles fossiles et industrie et émissions indirectes). Les émissions à partir de sources naturelles par des flèches vertes, et les puits chimiques atmosphériques par des flèches bleues. — © Tian et al. 2020 / Nature Creative Commons / Global Carbon Project / International Nitrogen Initiative

« Le principal moteur de l’augmentation du protoxyde d’azote atmosphérique provient de l’agriculture, et la demande croissante de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux va encore augmenter les émissions mondiales d’oxyde nitreux », a estimé Hanqin Tian, co-auteur de l’étude. « Il existe aujourd’hui un conflit entre la façon dont nous nourrissons les gens et la stabilisation du climat. »

Repenser en profondeur l’utilisation des engrais azotés à l’échelle mondiale

L’étude a montré que les plus grands contributeurs aux émissions mondiales de N2O étaient l’Asie de l’Est, l’Asie du Sud, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Avec des émissions provenant des engrais synthétiques constituant la plus grande part des rejets en Chine, en Inde et aux États-Unis, et celles issues du fumier dominant les rejets en Afrique et en Amérique du Sud.

Alors que les économies émergentes, en particulier le Brésil, la Chine et l’Inde, où la production agricole et le nombre de têtes de bétail ont augmenté, ont connu les plus fortes hausses des émissions de N2O, les chercheurs notent que celles de l’Europe ont diminué dans l’agriculture et l’industrie chimique. Ceci grâce à une utilisation plus efficace des engrais.

« Cette nouvelle analyse appelle à repenser en profondeur la manière dont nous utilisons et abusons des engrais azotés à l’échelle mondiale et nous invite à adopter des pratiques plus durables dans la manière dont nous produisons les aliments, notamment en réduisant les déchets alimentaires. Ces conclusions soulignent l’urgence et les moyens d’atténuer les émissions d’oxyde nitreux dans le monde entier afin d’éviter les pires impacts climatiques », conclut le Dr Josep Canadell, qui a supervisé les recherches.

— Fotokostic / Shutterstock.com

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de simple bon sens !michel herbautlacourt Auteurs de commentaires récents
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de simple bon sens !
Invité
de simple bon sens !

Article intéressant ….. ce gaz connu aussi sous le nom d’hémioxyde d’azote est aussi utilisé comme gaz anesthésique… et aussi comme gaz hilarant … c’est le gaz des petites ampoules métalliques qui , depuis peu, jonche l’espace publique ( petites bonbonnes qui servent ( en principe) à propulser la crème… Lire la suite »

lacourt
Invité
lacourt

effectivement intéressant de constater les progrès faits en France,donc pour une fois on pourrait dire merci et bravo aux agriculteurs. mais si j’ai bien compris le schéma, les rejets des milieux naturels sont plus importants que les rejets « humains » ? que faut il faire ?