Les professeurs ayant rendu hommage à Christine Renon, la directrice d’école qui s’est suicidée en septembre 2019, ont eu la mauvaise surprise de découvrir sur leur fiche de paie de janvier qu’une journée de salaire avait été retenue. Un acte qui témoigne une fois de plus du mépris du ministère de l’Éducation nationale à l’encontre des professeurs. 

Christine Renon, tuée par son travail

Le 23 septembre 2019, Christine Renon, une directrice d’école maternelle de Pantin, se suicidait sur son lieu de travail. Trois semaines seulement après la rentrée scolaire, le corps de cette femme de 58 ans était découvert dans le hall de son école. Ce geste fatal avait été accompagné d’une lettre à l’ensemble des directeurs d’écoles de la ville de Pantin (Seine-Saint-Denis), qui avait été envoyée deux jours auparavant. Elle y décrivait sa fatigue, sa lassitude, sa solitude en tant que directrice et la souffrance au travail des agents de l’Éducation nationale. Elle soulignait les absurdités de l’administration, le poids qui pèse sur les épaules de tous les directeurs d’écoles et l’abandon auquel ils doivent faire face : “Je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution.”

Beaucoup de professeurs s’étaient retrouvés en ces mots, qui avaient provoqué une réaction exceptionnelle parmi les personnels de l’enseignement. C’est pourquoi, le 3 octobre 2019, jour de l’enterrement de Christine Renon, un rassemblement exceptionnel avait eu lieu sous les fenêtres du rectorat, où se déroulait une réunion extraordinaire du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), à la demande des syndicats, pour que le suicide de cette directrice soit reconnu comme lié au travail. Le but ? Dire adieu et rendre hommage à une collègue, à une amie, à quelqu’un qu’ils avaient l’impression de connaître sans jamais l’avoir côtoyée, et aussi faire en sorte que leur institution sache le mal-être qui ronge la profession.

— VCoscaron / Shutterstock.com (image d’illustration)

Pas de vagues dans l’Éducation nationale

Le gouvernement avait d’abord tenté de minimiser l’affaire. Le ministre Jean-Michel Blanquer avait réagi en refusant de citer nommément la directrice dans son tweet et que certains cherchaient à mettre son suicide sur des causes personnelles et sentimentales, à la dépeindre comme une personne fragile. Alors même que, dans sa lettre, elle remerciait “l’institution de ne pas salir mon nom”. Le rectorat de Créteil s’était également empressé d’invoquer le droit de réserve pour empêcher les enseignants de s’exprimer à ce sujet et empêcher la parole de se libérer. Cela avait d’ailleurs donné lieu au hashtag #Pasdevagues.

Le vendredi 3 janvier 2020, le syndicat SNUipp-FSU, le syndicat des enseignants du premier degré français, affilié à la Fédération syndicale unitaire, a annoncé que l’administration venait de reconnaître « l’imputabilité au service » du geste de Christine Renon, c’est-à-dire son lien avec l’organisation institutionnelle du travail. La responsabilité de l’Éducation nationale a été reconnue dans un courrier adressé à la famille le 11 décembre 2019. Le ministère de l’Éducation a quant à lui affirmé à l’AFP qu’il s’agissait d’une « décision coutumière de l’administration dans ce genre de circonstances, car elle permet d’assurer une protection maximale aux ayants droit« .

Le geste d’un mépris toujours renouvelé

On pourrait croire que la reconnaissance de la responsabilité de l’Éducation nationale dans le suicide de Christine Renon aurait fait bouger les choses. Néanmoins, quelle ne fut pas la surprise pour les professeurs de découvrir une retenue sur salaire pour le jeudi 3 octobre dernier, alors qu’ils se rendaient aux obsèques de leur collègue. Cette pénalité a été appliquée sans distinction, y compris pour les professeurs de la ville de Pantin, où exerçait Christine Renon, et ce, malgré la demande faite par les syndicats de ne pas retirer de salaire pour cette journée-là.

Un préavis de grève avait été déposé ce jour-là pour permettre aux professeurs de se rendre au rassemblement, par la FSU qui avait expressément demandé au ministère de ne pas retenir une journée de salaire”, rappelle Marie-Hélène Plard, co-secrétaire du SNUipp-FSU 93, à Libération. Le syndicat ne croit pas à une maladresse car si ce prélèvement avait été fait de façon automatique, il serait survenu en novembre ou en décembre, et non en janvier. Il s’agit donc, dans l’esprit des professeurs, d’un acte délibéré interprété comme un acte de mépris envers la profession.

Dans un communiqué, SNUipp-FSU 93 exige un remboursement de cette “journée hautement symbolique” et déclare que “le peu de confiance qui pouvait subsister entre le ministre et ses agent-es vient de voler en éclats”. 

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