Si vous vous êtes déjà approché du bord d’une falaise abrupte ou d’un précipice, il est probable que vous ayez pensé qu’il serait extrêmement facile, voire tentant, de vous jeter dans le vide. Appelée « High Place Phenomenon », cette envie irrationnelle et manifestement suicidaire symboliserait également un désir de vivre selon les psychologues.

Ce phénomène est largement répandu et ne touche pas uniquement les personnes suicidaires

L’envie soudaine de sauter d’un pont ou de se jeter d’une falaise est en réalité un phénomène bien plus courant qu’on ne le pense. En 2012, une étude menée par des chercheurs de l’Université de Floride a en effet démontré que celui-ci se produisait à la fois chez les personnes affirmant avoir des pensées suicidaires et chez celles qui n’avaient jamais manifesté des tendances de ce type au cours de leur vie. Ainsi, environ 50 % des personnes interrogées et considérées comme non suicidaires avaient déclaré avoir déjà ressenti une envie inexplicable et irrépressible de sauter depuis un endroit dangereusement élevé.

Selon cette même l’étude, l’envie soudaine de sauter dans le vide serait tout à fait normale et due au fait que nous interprétions mal les signaux de sécurité instinctifs envoyés par notre cerveau. Se tenir au bord d’un précipice déclenche une réaction de peur subconsciente que l’esprit tente de rationaliser. La pensée consciente fonctionnant plus lentement que la réponse émotionnelle, le déséquilibre provoqué va entraîner une réaction contradictoire : une forte envie de se jeter dans le vide quand bien même nous avons conscience des répercussions terribles qu’une telle action pourrait avoir.

Il pourrait symboliser un désir de vivre et de surmonter ses peurs

Une autre théorie suggère que ce phénomène pourrait s’assimiler à la tentation ludique de « jouer à se faire peur », que vous pouvez éprouver lorsque vous regardez un film d’épouvante ou que vous grimpez dans un manège à sensations. Ce qui constituerait pour l’être humain une façon efficace de développer son courage, d’affronter ses démons, son anxiété, une sorte de thérapie nous apprenant à ne pas capituler face à nos peurs et à les affronter. Certains travaux suggèrent également que la peur du vide et de la mort ne serait pas complètement liée dans notre esprit, ce qui favoriserait la survenue de telles réactions contradictoires.

Bien que scientifiques et philosophes commencent tout juste à comprendre la nature des différents leviers impliqués dans la survenue de tels phénomènes psychiques, les théories actuelles reposent toutes sur l’idée que l’être humain ignore en grande partie ses propres pensées et motivations profondes. En 2017, le philosophe Peter Carruthers avait émis l’idée que nous n’avions fondamentalement pas conscience de nos propres pensées, et que l’idée que nous les connaissions n’était qu’une illusion pratique, une façon de nous persuader que nous disposions en permanence d’un certain contrôle.

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