Détruire le patrimoine culturel mondial est désormais un crime de guerre

Victime collatérale des conflits qui sévissent aux quatre coins du globe, le patrimoine mondial est au cœur des préoccupations de l’ONU qui souhaite le préserver des destructions. C’est aujourd’hui chose faite : son conseil de sécurité a adopté à l’unanimité une résolution visant à protéger le patrimoine culturel. Une victoire pour les défenseurs du patrimoine qui permettra de sauvegarder de précieux trésors.

Que prévoit cette résolution ?

Votée le 24 mars dernier, la résolution 2347 a été pensée afin de protéger tout élément inscrit au patrimoine culturel se trouvant « dans les zones de conflit, sans limitation géographique et pour tous types de menaces confondus (destruction, vol et pillage, trafic) ». C’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui est à l’origine de cette résolution et elle fait écho aux ravages causés par l’Etat Islamique et Al-Qaida sur des sites antiques ces dernières années.

Ainsi, depuis le 24 mars et selon le rapport du Conseil de sécurité, « lancer des attaques illégales contre des sites et des bâtiments consacrés à la religion, l’éducation, l’art, la science ou à des fins de bienfaisance ou monuments historiques peuvent constituer, dans certaines circonstances et conformément au droit international un crime de guerre ». Aussi, les auteurs de ces attaques doivent être traduits en justice.

Pourquoi cette résolution a-t-elle été votée à l’unanimité ?

Si les conflits internationaux font des milliers de victimes humaines, les biens culturels sont très souvent oubliés alors que leur destruction est pourtant une stratégie pour certaines organisations, comme l’a rappelé Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco.

« La destruction délibérée du patrimoine est un crime de guerre, elle est devenue une tactique de guerre pour mettre à mal les sociétés sur le long terme, dans une stratégie de nettoyage culturel. C’est la raison pour laquelle la défense du patrimoine culturel est bien plus qu’un enjeu culturel, c’est un impératif de sécurité, inséparable de la défense des vies humaines. »

Un engagement toujours plus grand envers le patrimoine

L’adoption de la résolution 2347 incarne une petite révolution car c’est la première fois qu’un tel engagement envers le patrimoine culturel est pris. Une autre résolution destinée à protéger les biens culturels avait été votée en 2015, mais celle-ci ne concernait que ceux en provenance de Syrie et d’Irak. Aujourd’hui, tout élément du patrimoine culturel est concerné, et la résolution 2347 ne marque que le début d’un projet plus important en faveur de la protection de ces vestiges.

Paris, Abu Dhabi et l’Unseco souhaitent en effet créer une Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit. Celle-ci a pour mission de récolter de l’argent afin de protéger les sites menacés et créer un réseau de refuges destinés à accueillir et protéger les biens culturels menacés de destruction. Sur les 100 millions de dollars nécessaires à la mise en place de ce projet, 75,5 millions auraient déjà été réunis. La défense du patrimoine culturel est donc devenue une préoccupation mondiale et c’est une bonne nouvelle pour les générations futures car, comme l’a rappelé Irina Bokova, « bâtir la paix passe aussi par la culture ; cela passe par l’éducation, la prévention et la transmission du patrimoine ».


Il faudrait convaincre les hommes du bonheur qu’ils ignorent, lors même qu’ils en jouissent

— Montesquieu