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Les plantes d’intérieur dépolluent-elles vraiment l’air du salon ou faut-il surtout aérer plus souvent au printemps

Un pothos ne remplace pas une fenêtre ouverte. L’idée reste séduisante, même au printemps quand les plantes reviennent au premier plan, mais les mesures disponibles racontent une histoire moins confortable que les étiquettes de jardinerie.

Pothos posé dans un salon lumineux avec fenêtre ouverte au printemps.
Un pothos apporte une présence végétale agréable, mais l’aération reste le geste le plus concret pour renouveler l’air intérieur. La fenêtre ouverte ancre le sujet dans une scène domestique de printemps. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une promesse verte née en laboratoire, puis vendue comme un geste simple pour le salon

La confusion vient d’une étude de la NASA publiée en 1989. Le chercheur B. C. Wolverton y testait des plantes dans des chambres fermées, avec du benzène, du trichloroéthylène et du formaldéhyde. Dans ce cadre étroit, certaines feuilles et leurs microbes associés absorbaient bien des polluants.

Le problème commence au passage du laboratoire au salon. Un appartement respire par ses fenêtres, ses portes, ses fuites d’air et sa ventilation. Une chambre d’essai ressemble plutôt à une boîte close, comme un bocal posé sur une table, où chaque molécule reste piégée.

Dans une pièce habitée, l’air bouge sans cesse. Une porte s’ouvre, une hotte démarre, une bougie brûle, un meuble neuf émet encore des substances. La plante n’agit donc plus dans un petit volume stable, mais dans un système vivant et changeant.

Ce que les chercheurs mesurent quand ils comparent une plante à une vraie ventilation

Bryan Cummings et Michael Waring, chercheurs à l’université Drexel, ont repris 12 études et 196 résultats expérimentaux. Leur indicateur, le CADR, mesure le débit d’air nettoyé par heure. Pour une plante seule, la valeur médiane atteignait 0,023 mètre cube par heure.

Traduit dans une pièce réelle, ce chiffre change tout. Leur analyse estime qu’il faudrait environ 10 à 1000 plantes par mètre carré pour rivaliser avec l’échange d’air extérieur déjà présent dans un bâtiment courant. Un séjour de 20 mètres carrés deviendrait une pépinière inaccessible.

Santé publique France recommande d’aérer au moins 10 minutes par jour, en toute saison, et davantage après la cuisine, le ménage, le bricolage ou la douche. Une VMC, ventilation mécanique contrôlée, extrait l’air humide des pièces d’eau si ses grilles restent propres et ouvertes.

Les polluants viennent surtout des usages quotidiens, pas d’un manque de végétation

L’Anses rappelle que l’air intérieur mêle des sources nombreuses : mobilier, peintures, cuisson, chauffage, produits d’entretien, animaux, moisissures et pollution extérieure. Les COV, ou composés organiques volatils, désignent des substances qui s’évaporent facilement depuis les colles, solvants, vernis ou parfums d’ambiance.

L’ADEME considère que l’argument des plantes dépolluantes n’est pas validé pour les niveaux de pollution courants dans les logements. L’agence place d’abord la réduction des sources, l’entretien des appareils et la ventilation, pas l’ajout de pots sur une étagère.

Les plantes restent utiles, à condition de ne pas leur demander de nettoyer toute la maison

Les plantes gardent pourtant une place utile dans la maison. Elles apportent une présence vivante, une texture de feuille, une routine d’arrosage, parfois un repère apaisant près d’un bureau. Leur bénéfice se situe davantage dans l’usage quotidien que dans une promesse sanitaire.

Le bon réflexe consiste donc à acheter un spathiphyllum pour sa silhouette, pas pour neutraliser un solvant. Après un ménage parfumé ou une cuisson longue, la mesure la plus concrète reste d’ouvrir grand deux fenêtres pendant 5 à 10 minutes.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: sciencepost.fr

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