Autoportrait à l’oreille bandée (1889) — © The Courtauld Institute of Art / Wikimedia Creative Commons

Afin de tenter d’expliquer l’acte d’automutilation perpétré par le peintre néerlandais en 1888, des chercheurs ont décortiqué ses correspondances et divers documents médicaux, qui suggèrent un violent épisode psychotique.

Une santé mentale défaillante

Dans le cadre de travaux publiés dans l’International Journal of Bipolar Disorders, une équipe de chercheurs de l’université de Groningen (Pays-Bas) a examiné plus de 900 lettres écrites par l’artiste, dont 820 adressées à son frère Théo, ainsi que les dossiers médicaux établis par les médecins l’ayant traité. Ce afin de tenter de faire la lumière sur l’état mental qui avait conduit le maître néerlandais, ayant produit quelque 900 toiles au cours de sa vie, à s’auto-mutiler en 1888, puis à mettre fin à ses jours deux ans plus tard, à l’âge de 37 ans.

Alors que certains historiens soutenaient précédemment que Paul Gauguin avait tranché l’oreille de Vincent van Gogh lors d’une violence dispute, d’autres privilégiaient la thèse d’un acte d’automutilation dû à une santé mentale défaillante. Ce que semble confirmer cette nouvelle étude suggérant que le peintre souffrait d’une combinaison de troubles bipolaires et de troubles de la personnalité « borderline ».

L’artiste aurait connu plusieurs phases dépressives sévères durant les dernières années de sa vie, dont un bref épisode psychotique dû au sevrage alcoolique et à un état de malnutrition, qui l’auraient poussé à se trancher l’oreille gauche avec un rasoir. Selon l’équipe, ces nouvelles recherches rendent les hypothèses voulant que Van Gogh ait souffert de schizophrénie, d’une rare maladie métabolique appelée porphyrie ou d’un empoisonnement au monoxyde de carbone « hautement improbables ».

« Il a peut-être minimisé ou enjolivé certaines choses »

Les experts néerlandais ont estimé que des crises d’épilepsie focale auraient également été à l’origine des différentes manifestations d’anxiété, de délires et d’hallucinations observées chez le peintre ou décrites par ce dernier, bien qu’il soit impossible de le vérifier, en l’absence d’électroencéphalogrammes.

« Nous pensons pouvoir exclure sans risque certaines hypothèses précédemment évoquées, mais nous ne saurons jamais vraiment avec certitude de quelles maladies il souffrait », souligne Willem Nolen, professeur émérite de psychiatrie ayant coordonné les recherches. « Dans ces lettres, il décrivait ce qu’il vivait, y compris ses problèmes mentaux, bien qu’il faille aussi savoir que Van Gogh n’écrivait pas ses lettres pour ses médecins, mais pour son frère Théo et d’autres parents, pour les informer ou les rassurer. Il a peut-être minimisé ou enjolivé certaines choses. »

« Cette dernière étude, rédigée par d’éminents spécialistes, est certainement importante et basée sur une étude sérieuse des symptômes de l’artiste. Mais il est peu probable que ce soit le dernier mot sur cette question difficile », note de son côté Martin Bailey, spécialiste du peintre.

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