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Base, heures creuses ou Tempo : quelle option d’électricité choisir avant l’hiver

Neuf millions trois cent mille foyers vont voir leurs heures creuses changer d’horaire d’ici octobre 2027, et la vague est en cours depuis cet été. Au même moment, la saison Tempo 2026-2027 vient de repartir avec ses 22 jours rouges à replacer, et le tarif réglementé a augmenté le 1er août. Trois options, trois logiques, et une décision à prendre avant la première facture de chauffe. Nous avons refait les calculs avec les tarifs officiels en vigueur. Verdict court : l’option heures creuses devient gagnante à partir de 25,5 % de consommation décalée, et Tempo peut coûter plus cher que le tarif de base à ceux à qui on le recommande le plus.

Commençons par ce qui a bougé. Le 1er août 2026, la grille du tarif réglementé a été révisée : le kWh en option base est passé à 0,2001 € TTC, l’abonnement 6 kVA à 190,32 € par an. La saison Tempo, elle, court du 1er septembre au 31 août : le compteur des jours rouges a donc été remis à zéro il y a quelques jours, et aucun ne peut tomber avant le 1er novembre.

Le changement structurel est ailleurs. La Commission de régulation de l’énergie a acté en mars 2025, dans le cadre du tarif d’utilisation des réseaux TURPE 7, une refonte complète des plages d’heures creuses. Sur les 14,5 millions de foyers en option heures pleines / heures creuses, 3,5 millions avaient déjà des horaires compatibles. Les 11 millions restants basculent entre novembre 2025 et octobre 2027 une première vague de 1,7 million au 1er novembre 2025, puis 9,3 millions sur ce second semestre 2026. L’objectif est le même que celui des dispositifs d’effacement diffus : aplatir les pointes de consommation du matin et du soir, devenues coûteuses pour le réseau.

Ce dossier prolonge deux analyses déjà publiées ici : notre comparatif du coût réel des modes de chauffage, qui traite du prix au kWh utile selon l’énergie, et notre dossier sur la rentabilité des kits solaires plug and play, dont les conclusions changent précisément à cause de cette réforme. Nous avions aussi documenté en février les déceptions de l’offre Tempo : les calculs qui suivent expliquent pourquoi elles étaient prévisibles.

Les trois options, aux prix officiels du 1er août 2026

Tous les tarifs ci-dessous sont TTC, pour un compteur 6 kVA, la puissance la plus courante en France et le minimum requis pour souscrire à Tempo.

OptionAbonnement annuelPrix du kWhNombre de jours
Base190,32 €0,2001 € — tarif unique365
Heures creuses190,32 €0,2142 € en heures pleines
0,1589 € en heures creuses
365, 8 h creuses par jour
Tempo — jours bleus189,60 €0,1654 € en heures pleines
0,1356 € en heures creuses
300
Tempo — jours blancs0,1921 € en heures pleines
0,1536 € en heures creuses
43
Tempo — jours rouges0,7295 € en heures pleines
0,1615 € en heures creuses
22, du 1er novembre au 31 mars

Le chiffre à retenir de ce tableau tient en un rapport. Le kWh en heures pleines d’un jour rouge coûte 3,6 fois le kWh du tarif de base. Une journée d’hiver ordinaire dans une maison chauffée à l’électricité, disons 30 kWh consommés entre 6 h et 22 h, revient à 6 € au tarif de base et à 22 € un jour rouge. Vingt-deux fois dans l’hiver.

L’abonnement Tempo est marginalement moins cher 72 centimes par an. Autant dire qu’il ne joue aucun rôle dans la décision. Tout se passe sur le prix du kWh et sur votre capacité à décaler la consommation.

La réforme des heures creuses, concrètement

Le principe reste le même : huit heures par jour à tarif réduit. Ce qui change, c’est leur emplacement. La nouvelle règle impose au minimum cinq heures consécutives la nuit, et autorise le déplacement de trois heures vers l’après-midi, dans la fenêtre 11 h – 17 h.

La saisonnalité est la vraie nouveauté, et elle est logique. Du 1er avril au 31 octobre, une partie des heures creuses glisse vers le milieu de journée, quand la production solaire française sature le réseau et fait chuter le prix de gros. Du 1er novembre au 31 mars, les huit heures se regroupent la nuit, parce que l’après-midi d’hiver est justement le moment où la consommation grimpe.

Vous n’avez rien à faire. La bascule est appliquée à distance par le compteur Linky, y compris pour le pilotage du chauffe-eau. Votre fournisseur doit vous prévenir au moins un mois avant, par courrier ou par courriel. Si vous n’avez rien reçu, votre tour n’est pas encore venu ou vos horaires étaient déjà conformes.

Un point de vigilance qui ne figure dans aucune communication officielle : si vous avez programmé manuellement des appareils sur vos anciens créneaux lave-linge à départ différé, borne de recharge, radiateurs à accumulation pilotés par une prise programmable, ces programmations-là ne se mettent pas à jour toutes seules. Le compteur suit, votre minuterie non. C’est le genre de détail qui fait consommer en heures pleines pendant six mois sans s’en rendre compte.

Le seuil des 25,5 %

Voici le calcul que les comparateurs ne publient jamais sous cette forme, alors qu’il répond à la seule question qui compte : à partir de quand l’option heures creuses devient-elle gagnante ?

Les deux abonnements étant identiques à 190,32 €, la réponse ne dépend que de la part de consommation que vous parvenez à basculer. L’option heures creuses vous fait payer 0,0141 € de plus par kWh en heures pleines, et vous fait économiser 0,0412 € par kWh en heures creuses. Le point d’équilibre tombe à 25,5 % de la consommation annuelle en heures creuses. En dessous, vous payez plus cher qu’en base. Au-dessus, vous gagnez.

Part de consommation en heures creusesMaison 9 000 kWh/anÉcart avec l’option base
25,5 % — le seuil1 991 €0 €
30 %1 969 €−22 €
35 %1 944 €−47 €
40 %1 919 €−72 €
45 %1 894 €−97 €

Regardez la colonne de droite avant de vous réjouir. Même en décalant 45 % de sa consommation annuelle ce qui suppose un chauffe-eau programmé, un lave-linge et un lave-vaisselle systématiquement lancés la nuit et, idéalement, une voiture électrique rechargée en nocturne, le gain plafonne à 97 € par an sur une maison chauffée à l’électricité. C’est réel, ce n’est pas négligeable, mais on est loin des promesses de certaines pages comparatives.

Un foyer sans chauffe-eau électrique et sans gros électroménager décalable atteint difficilement 20 %. Pour celui-là, l’option heures creuses est une perte sèche, discrète, année après année. C’est le cas de figure le plus fréquent en appartement urbain récent, souvent équipé d’un chauffe-eau thermodynamique ou d’une production d’eau chaude collective.

Tempo : le calcul que personne ne fait honnêtement

Toutes les simulations Tempo que l’on trouve en ligne reposent sur la même hypothèse implicite : une consommation régulière, répartie uniformément sur l’année. Elles concluent invariablement à une économie de 150 à 200 € par an. Cette hypothèse est exactement fausse pour la population à laquelle on recommande le plus Tempo.

Les jours rouges ne sont pas tirés au sort. EDF les positionne sur les journées de tension du réseau national, c’est-à-dire les plus froides. Or une maison chauffée à l’électricité consomme précisément davantage ces jours-là. Le tarif le plus élevé de la grille tombe donc mécaniquement sur vos journées de plus forte consommation. Ce n’est pas un défaut de conception, c’est le but du dispositif mais aucune simulation à consommation plate ne le capture.

Nous avons refait le calcul sur une maison de 9 000 kWh par an chauffée à l’électricité, en répartissant 65 % de la consommation sur les 151 jours d’hiver, ce qui correspond à un profil courant. Les hypothèses sont modélisées, pas relevées sur compteur : à prendre comme un ordre de grandeur argumenté, pas comme une facture.

Scénario TempoFacture annuelleÉcart avec l’option base (1 991 €)
Aucun effort, consommation moyenne les jours rouges1 937 €−55 €
Aucun effort, mais +30 % de consommation les jours rouges (cas réaliste par grand froid)2 135 €+144 €
Consommation réduite de moitié les jours rouges1 710 €−281 €
Réduite de moitié et décalée à 70 % en heures creuses les jours rouges1 626 €−366 €

L’écart entre la deuxième et la dernière ligne dépasse 500 €. Autrement dit, Tempo n’est pas une option tarifaire, c’est un engagement comportemental. Vingt-deux fois par hiver, il faut baisser le chauffage, décaler les machines, éviter le four et reporter la charge du véhicule. Si vous le faites, l’économie est substantielle. Si vous ne le faites pas parce que vous télétravaillez, parce qu’il y a des enfants à la maison, parce que le jour rouge tombe le jour où il fait −5 °C, vous payez plus cher que le tarif ordinaire.

La couleur du lendemain est annoncée chaque jour vers 11 h. C’est la seule information officielle ; tout ce qui circule avant relève de la prévision météo. Cinq jours rouges consécutifs au maximum, jamais le dimanche ni un jour férié national, et jamais entre le 1er avril et le 31 octobre.

Le résultat contre-intuitif : Tempo va mieux aux petits consommateurs

Refaites le même calcul sur un appartement de 3 500 kWh par an sans chauffage électrique, et le classement s’inverse. Base : 891 €. Heures creuses à 35 % : 872 €. Tempo, à consommation régulière : 832 €.

La raison est arithmétique. Un logement qui ne se chauffe pas à l’électricité consomme la même chose un jour rouge qu’un jour bleu. Sa consommation les 22 jours rouges représente environ 6 % du total annuel, et les 300 jours bleus lui offrent le kWh le moins cher du marché réglementé, à 0,1654 € en heures pleines contre 0,2001 € en base. Le risque est faible, le gain est structurel.

C’est l’exact inverse du conseil que l’on lit partout. Tempo est presque toujours présenté comme l’option des maisons chauffées à l’électricité, capables de « moduler ». Ce sont pourtant elles qui portent tout le risque. Un studio, un appartement au gaz collectif ou un logement bien isolé encaisse les jours rouges sans les sentir. Le gain reste modeste une soixantaine d’euros par an pour la contrainte de consulter une couleur tous les jours, ce qui reste une contrainte réelle.

Quatre profils, quatre réponses

Appartement, chauffage collectif ou au gaz, eau chaude collective. Restez en base, ou passez à Tempo si l’idée de suivre une couleur quotidienne ne vous dérange pas. L’option heures creuses est le mauvais choix : vous n’atteindrez jamais 25,5 %. Gain attendu avec Tempo : 50 à 60 € par an.

Maison chauffée à l’électricité, présence en journée l’hiver. Option heures creuses, et rien d’autre. Tempo est un piège dans cette configuration : les jours rouges tomberont sur vos pics de consommation et vous ne pourrez pas les éviter. Visez 35 à 40 % de décalage grâce au chauffe-eau et à l’électroménager. Gain attendu : 50 à 75 € par an.

Maison chauffée à l’électricité, logement vide en journée, pilotage possible. C’est le seul profil où Tempo tient sa promesse. Un thermostat programmable et un ballon d’eau chaude asservi suffisent à absorber les jours rouges. Gain attendu : 280 à 365 € par an, à condition de tenir 22 jours.

Véhicule électrique rechargé à domicile. Option heures creuses systématiquement, quelle que soit la suite. Une recharge complète représente 40 à 70 kWh : à elle seule elle vous fait franchir le seuil des 25,5 % sans le moindre effort. Tempo devient intéressant en complément, mais uniquement avec une borne programmable capable de sauter les créneaux rouges.

Ce qui ne marche pas, et qu’on continue de vous vendre

L’idée que l’option heures creuses est toujours avantageuse est la plus répandue et la plus coûteuse. Elle est fausse en dessous de 25,5 % de décalage, et la majorité des foyers sans chauffe-eau électrique se situent en dessous. Le surcoût est indolore parce qu’il est diffus : 0,0141 € sur chaque kWh en heures pleines, jamais visible sur une ligne de facture.

Deuxième idée reçue : changer d’option coûterait cher ou serait long. Le passage d’une option à l’autre s’effectue à distance sur un compteur Linky, sans intervention ni frais dans la grande majorité des cas. Le seul point de friction concerne Tempo, dont la souscription passe encore le plus souvent par le téléphone plutôt que par l’espace client.

Troisième : la course au fournisseur alternatif. Les offres de marché indexées sur le tarif réglementé promettent 5 à 10 % de remise sur le kWh, soit quelques dizaines d’euros par an pour un foyer moyen. Choisir la bonne option tarifaire pèse davantage que choisir le bon fournisseur, et c’est gratuit. Commencez par là.

robots humanoïde quadrupède et bras robotisé inspectant une sous-station électrique en Chine
Dans une sous-station électrique, des robots quadrupèdes, humanoïdes et industriels collaborent pour assurer la maintenance et la surveillance des infrastructures énergétiques – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Les trois gestes qui pèsent réellement

Le chauffe-eau électrique reste le levier numéro un. Il représente couramment 800 à 1 000 kWh par an pour une personne, et c’est le seul poste entièrement décalable sans aucun effort de comportement. Vérifiez qu’il est bien asservi au signal heures creuses : sur beaucoup d’installations anciennes, le contacteur est resté en position « marche forcée » après une panne, et personne ne l’a jamais remis sur « auto ».

La programmation du chauffage vient ensuite, et c’est là que un thermostat connecté se rentabilise : baisser d’un degré représente environ 7 % de consommation en moins, et le pilotage par pièce évite de chauffer un logement vide huit heures par jour. Sur une maison à 9 000 kWh, un degré vaut plus que le passage à l’option heures creuses.

Enfin, si vous produisez votre propre électricité, la réforme change votre calcul. Le déplacement d’heures creuses vers le créneau 11 h – 17 h en été fait baisser le prix du réseau au moment exact où vos panneaux produisent le plus — ce qui réduit d’autant l’intérêt d’une batterie de stockage. Nous avons détaillé ce calcul dans le dossier consacré aux kits solaires de balcon, et le test du Jackery SolarVault 3 Pro Max mené chez nous en région parisienne donne les ordres de grandeur d’autoconsommation réels.

Questions fréquentes

Quand mes heures creuses vont-elles changer ?

Entre le second semestre 2026 et octobre 2027 pour les 9,3 millions de foyers de la deuxième vague. Votre fournisseur doit vous prévenir au moins un mois avant, par courrier ou courriel. La bascule est automatique via le compteur Linky, sans intervention ni frais.

À partir de quand l’option heures creuses est-elle rentable ?

À partir de 25,5 % de la consommation annuelle réalisée sur les plages creuses, aux tarifs du 1er août 2026. En dessous, l’option base revient moins cher. Un chauffe-eau électrique programmé suffit généralement à franchir ce seuil ; sans lui, c’est difficile.

Tempo est-il rentable si je suis chez moi la journée en hiver ?

Non, dans la plupart des cas. Les jours rouges tombent sur les journées les plus froides, celles où un logement occupé consomme le plus, et le kWh y coûte 3,6 fois le tarif de base. Sans capacité réelle à réduire la consommation ces jours-là, Tempo peut coûter plus cher que l’option base.

Combien de jours rouges reste-t-il cette saison ?

La saison Tempo 2026-2027 a démarré le 1er septembre avec 22 jours rouges disponibles. Aucun ne peut être placé avant le 1er novembre ni après le 31 mars, ni un dimanche, ni un jour férié national. La couleur du lendemain est annoncée chaque jour vers 11 h.

Puis-je changer d’option en cours d’année ?

Oui. Le changement d’option tarifaire s’effectue à distance sur un compteur Linky, sans frais dans la grande majorité des cas et sans engagement. C’est le levier d’économie le plus rapide à activer, et il ne coûte rien.

Faut-il reprogrammer mes appareils après le changement d’horaires ?

Oui, pour tout ce que vous pilotez vous-même : départ différé du lave-linge, prises programmables, borne de recharge. Le compteur met à jour le signal heures creuses et le chauffe-eau asservi, mais pas vos minuteries. C’est l’erreur la plus courante après une bascule.

Verdict

Trois options, et une hiérarchie de décision simple. Vérifiez d’abord si vous avez un chauffe-eau électrique et si vous rechargez un véhicule à domicile : si oui, l’option heures creuses est acquise, vous franchissez le seuil sans y penser. Si non, restez en base plutôt que de payer un supplément invisible toute l’année.

Tempo mérite d’être considéré, mais pas par ceux à qui on le recommande. Il convient aux logements dont la consommation ne s’envole pas quand il fait froid appartements, logements bien isolés, chauffage non électrique et aux maisons réellement pilotables et vides en journée. Il est risqué partout ailleurs, et ce risque n’est pas théorique : il se matérialise 22 fois par hiver, aux pires moments.

Un dernier repère pour situer l’enjeu. Le meilleur scénario Tempo fait gagner 366 € par an sur notre maison type. Baisser le thermostat d’un degré en fait gagner environ 140 € sur la même maison, sans consulter la moindre couleur. Le choix de l’option tarifaire compte, mais il vient après l’isolation et le pilotage du chauffage. On aurait aimé que les comparateurs le disent aussi clairement.

Par Antoine - Daily Geek Show, le

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