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En 1609, l’Anglais Henry Hudson a traversé une rivière du New York actuel. Cette rivière allait plus tard porter son nom. Apparemment, Hudson était un émissaire des Néerlandais et avait pour mission de tracer un nouveau passage vers l’Asie pour étendre le commerce de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Toutefois, Hudson aurait échoué même si son voyage a jeté les prémices de la colonisation néerlandaise de New York.

Tout commença avec le commerce de peaux de castors

Selon Eric Sanderson, écologiste du paysage à la Wildlife Conservation Society de New York, Manhattan aurait été si belle auparavant, elle aurait été « cette île longue, mince et boisée avec des plages de sable sur le rivage, grandissant jusqu’à des collines et des falaises plus hautes sur le côté ouest ». Apparemment, les castors abondaient à New York au XVIIe siècle, ce dont Hudson a vite fait d’informer ses collègues hollandais. Ces derniers rappliquèrent alors rapidement vers ce qu’ils ont appelé leur « New Amsterdam » et ont commencé une traite de fourrures de castors avec les habitants autochtones de la région, dont des peuples Lenape et Mahican. Des centaines de milliers de peaux de castors auraient ainsi été échangées par des chasseurs contre du métal, du tissu et d’autres objets de valeur hollandais, rapporte Livescience.

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Toutefois, dans les décennies qui suivirent, des récits ont raconté que le commerce entre les peuples autochtones et les Néerlandais ne s’arrêta pas à la peau de castors. En effet, une histoire raconte qu’en 1626, les autochtones auraient vendu toute l’île de Manhattan aux Néerlandais pour des perles et des bibelots qui vaudraient aujourd’hui 24 dollars. L’histoire a pris tellement d’ampleur au cours des siècles suivants que selon le professeur d’histoire Paul Otto à l’université George Fox, dans un essai de 2015, cela a servi de « certificat de naissance à New York ». Mais cette histoire est-elle vraie ?

Un seul document controversé atteste de l’existence de la vente

Peter Minuit

La première mention de cette vente historique proviendrait d’une lettre de 1626 écrite par un marchand néerlandais dénommé Pieter Schagen. Ce dernier relata qu’un homme appelé Peter Minuit a acheté Manhattan pour 60 florins, la monnaie néerlandaise de l’époque. Certains récits rapportent que ce serait une sous-tribu du peuple Lenape appelée les Munsees qui aurait vendu Manhattan. Cependant, tous ces récits sont soumis au doute. Johanna Gorelick, directrice du département de l’éducation au Smithsonian National Museum of the Americain Indian, a effectivement déclaré que « la lettre de Schagen est le seul élément de preuve que nous ayons – le seul document. Que vous l’appeliez un élément de preuve est discutable. »

En effet, cette lettre ne mentionne aucune personne impliquée dans la vente ni la date précise de la transaction. Toutefois, la directrice affirme que la seule information fournie est les 60 florins qui ont subi une mauvaise interprétation de 24 dollars. En effet, ce chiffre aurait été tiré d’un livre d’histoire publié en 1846 et qui est resté inchangé depuis. Autrement dit, ces 60 florins vaudraient actuellement non pas 24 dollars mais plus de 1 000 dollars. De plus, aucune indication ne permettrait de savoir ce que cet argent représentait en biens échangés. Néanmoins, plusieurs récits auraient désormais rapporté l’histoire et prétendu que les autochtones ont vendu leur patrie pour quelques bibelots.

Vendre leur terre n’aurait jamais fait partie de la culture des Amérindiens

Effectivement, certains historiens ont découvert que la notion de commerce de terres et de propriété foncière privée n’était pas caractéristique des peuples autochtones. Ces derniers considéraient la terre comme un espace à partager ou à louer. Selon Sanderson, « les Néerlandais sont venus avec une certaine idée de la propriété qui n’était pas l’idée des peuples autochtones. Et pourtant, ces accords qui ont été conclus au cours de ces premières années du 17e siècle sont toujours les accords qui sous-tendent tous les titres à New York aujourd’hui. »

Ainsi, les Amérindiens qui ont signé les documents auraient probablement donné leur accord aux Néerlandais pour partager la terre ou la louer pour une période limitée, et non leur vendre leur terre. Mais alors pourquoi le récit selon lequel Manhattan a été vendue pour des perles et bibelots a subsisté ? Pour Sanderson, il ne fait aucun doute que « le mythe de l’achat de Manhattan a servi les pouvoirs en place pendant si longtemps et c’est pourquoi il a persisté, c’est pourquoi les gens n’arrêtaient pas de le dire. C’est l’un de ces mythes fondateurs que les gens ont pris très au sérieux au 19e siècle et dont ils ont commencé à se moquer au 20e siècle. Je pense qu’au 21e siècle, nous allons voir une répudiation totale de cette histoire. »

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