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Les requins survivent depuis 450 millions d’années, et leur biologie commence à intéresser les oncologues

Ils nageaient déjà bien avant les dinosaures et ont traversé plusieurs crises biologiques majeures. Mais le véritable vertige se cache dans leurs cellules. En étudiant le génome et les anticorps des requins, des chercheurs découvrent aujourd’hui des mécanismes qui pourraient inspirer de nouvelles armes contre certains cancers.

Grand requin blanc nageant dans une eau bleue claire, photographié sous la surface de l’océan.
Le grand requin blanc possède un génome et des anticorps particuliers qui intéressent aujourd’hui les chercheurs en cancérologie – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Leur ADN raconte comment une lignée vieille de 450 millions d’années a résisté au chaos

Les premiers représentants de la lignée des requins remontent à environ 450 millions d’années. Ils sont donc apparus bien avant les dinosaures. Au fil du temps, leurs descendants ont traversé les cinq grandes extinctions qui ont bouleversé la planète. Pourtant, cette endurance ne signifie pas que l’animal est resté figé. Sous sa silhouette familière se cache une histoire évolutive remarquablement sophistiquée.

En 2019, une équipe internationale a publié le génome du grand requin blanc dans PNAS. Avec 4,63 milliards de paires de bases, celui-ci dépasse largement la taille du génome humain, qui en compte environ 3 milliards. Toutefois, plus de la moitié de cet ensemble contient des séquences répétitives. Malgré cela, les chercheurs ont surtout repéré des signatures liées à la stabilité du génome et à la réparation de l’ADN.

Le grand requin blanc possède un génome qui semble particulièrement bien surveillé

L’histoire devient alors particulièrement intéressante pour l’oncologie. En effet, plusieurs gènes du grand requin blanc montrent une sélection positive. Ils participent notamment à la réponse aux dommages de l’ADN, à l’apoptose ou encore à la réparation cellulaire. Parmi eux, CHEK2, DICER1 et SIRT7 figurent dans les mécanismes étudiés par les généticiens.

Lorsqu’une cellule accumule des erreurs génétiques, elle peut devenir tumorale. Par conséquent, des systèmes efficaces pourraient contribuer à limiter ces dégâts. Cette piste reste fascinante. Cependant, une vieille légende doit être écartée : les requins peuvent développer des cancers. À ce jour, rien ne prouve donc qu’ils soient naturellement immunisés contre la maladie.

L’intérêt scientifique se trouve ailleurs. Les chercheurs cherchent plutôt à comprendre comment certains mécanismes de maintenance du génome se sont adaptés chez des animaux parfois grands et longévifs. Autrement dit, il ne s’agit pas de copier un « gène anticancer ». L’objectif consiste plutôt à repérer des stratégies testées par l’évolution depuis des centaines de millions d’années.

Dans leur sang se cachent des anticorps minuscules capables d’atteindre des cibles difficiles

Les requins possèdent également un type étonnant d’anticorps appelé IgNAR. À l’intérieur de celui-ci, leur domaine de liaison, le VNAR, se distingue par sa compacité et sa stabilité. Grâce à cette structure, il peut atteindre des zones moléculaires difficiles d’accès pour les anticorps classiques. Il devient ainsi intéressant pour viser une cible précise dans une tumeur.

En 2024, des chercheurs ont conçu une immunotoxine fondée sur un VNAR de requin ciblant TROP-2, une protéine associée à plusieurs cancers épithéliaux. Dans des expériences menées sur des cellules et des modèles animaux, la molécule a montré une activité antitumorale encourageante. Toutefois, l’approche reste préclinique. Elle est donc encore loin d’un traitement disponible pour les patients.

L’oncologie regarde désormais vers l’océan, mais les véritables traitements restent à inventer

Les travaux se multiplient désormais. Par exemple, des équipes développent des VNAR dirigés contre MET (une protéine dont le dérèglement favorise certains cancers du poumon) dans certains cancers du poumon. D’autres les étudient contre les fibroblastes associés aux tumeurs. En parallèle, ces anticorps pourraient servir de véhicules pour transporter des molécules thérapeutiques.

En 2026, une étude a ainsi décrit un VNAR couplé à l’IL-15 qui, chez la souris, a ralenti la croissance tumorale. Le potentiel est réel. Néanmoins, la prudence reste essentielle. Une revue publiée en 2025 souligne que les applications médicales des VNAR sont encore majoritairement précliniques. Avant un éventuel usage chez l’être humain, il faudra donc confirmer leur efficacité et leur innocuité.

Les chercheurs devront également mesurer leur durée d’action et leur comportement dans l’organisme. Cette histoire reste saisissante. Pendant des siècles, le requin a incarné la peur venue des profondeurs. Désormais, il devient aussi une bibliothèque biologique pour les immunologistes et les cancérologues. Après 450 millions d’années d’évolution, ses cellules ont peut-être encore des idées à transmettre à une médecine beaucoup plus jeune.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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