Les vestiges de Liang Bua ne décrivent plus clairement des chasseurs capables de maîtriser le feu. Une nouvelle étude suggère qu’Homo floresiensis récupérait surtout les restes de stégodons abandonnés par les dragons de Komodo. Cette lecture change notre vision de ses comportements et relance le débat sur ses origines.

Les indices longtemps associés à la chasse prennent désormais un tout autre sens
Les chercheurs ont découvert Homo floresiensis en 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l’île indonésienne de Flores. Ce petit hominidé mesurait environ 106 centimètres. Ses derniers représentants connus ont disparu il y a près de 50 000 ans.
Pendant longtemps, plusieurs vestiges ont soutenu l’image d’un hominidé ingénieux. Les archéologues avaient trouvé des outils de pierre, des os de stégodons entaillés et des fragments apparemment brûlés. Ainsi, beaucoup pensaient que les « hobbits » chassaient, découpaient leurs proies et utilisaient le feu.
Cependant, l’étude publiée le 3 juillet 2026 dans Science Advances fragilise cette interprétation. Les auteurs ont réexaminé la position et la forme des marques. Selon eux, les dragons de Komodo accédaient d’abord aux carcasses, puis les hominidés récupéraient les restes.
Une carcasse de chèvre a révélé les traces typiques laissées par le grand reptile
Pour reconnaître les morsures du dragon de Komodo, l’équipe a mené une expérience au Zoo Atlanta. Les chercheurs ont donné une carcasse de chèvre à un reptile captif. Ensuite, ils ont récupéré les os et étudié chaque perforation, rainure et encoche.
Le dragon concentrait ses morsures sur les parties les plus charnues. Ce résultat a donc fourni un modèle de comparaison précis. Les chercheurs l’ont ensuite appliqué aux os de Stegodon florensis insularis, l’éléphant nain retrouvé dans la grotte de Liang Bua.
Les dragons mangeaient les meilleurs morceaux avant l’arrivée d’Homo floresiensis
L’équipe a étudié 3 155 fragments de stégodons, soit environ 27 % de l’ensemble connu. Elle a recensé 54 marques de découpe sur 20 os. En parallèle, elle a identifié presque deux fois plus de traces laissées par les dents de dragons de Komodo.
Surtout, les deux types de marques n’occupaient pas les mêmes zones. Les morsures apparaissaient près des masses musculaires, riches en viande. À l’inverse, les entailles produites par les outils se trouvaient souvent sur des parties moins charnues.
Cette répartition évoque donc un accès secondaire aux carcasses. Les dragons consommaient probablement les meilleurs morceaux en premier. Puis, Homo floresiensis exploitait ce qui restait. Toutefois, les chercheurs ne peuvent pas exclure totalement quelques épisodes de chasse.
L’absence de feu fiable relance la question des origines des « hobbits »
Les chercheurs n’ont trouvé aucune trace convaincante de cuisson sur les os de stégodons. De plus, ils ont réexaminé plus de 4 000 os de petits rongeurs. Aucun ne portait de brûlure clairement liée à un foyer.
Par ailleurs, certaines teintes sombres avaient autrefois renforcé l’hypothèse du feu. Or, l’analyse les attribue plutôt à des dépôts naturels de manganèse. Cette explication affaiblit donc l’idée d’un usage régulier du feu à Liang Bua.
Ces résultats remettent en cause l’image d’un hominidé pratiquant à la fois la chasse organisée et la maîtrise du feu. En revanche, ils ne tranchent pas son ascendance. Homo floresiensis pourrait descendre d’une population devenue naine sur une île, ou d’une lignée primitive d’Homo déjà petite.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Catégories: Sciences humaines