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Une impulsion de 43 attosecondes révèle comment un électron se déplace à l’intérieur d’un atome

Comment observer une particule qui change d’état avant même que la lumière ait parcouru la largeur d’un cheveu ? Grâce à une impulsion de seulement 43 attosecondes, les physiciens disposent désormais d’un chronomètre capable d’explorer les mouvements électroniques au cœur de la matière.

Deux physiciens règlent un dispositif laser ultrarapide dans un laboratoire d’optique attoseconde.
Dans un laboratoire de physique ultrarapide, des chercheurs ajustent un système laser capable de générer des impulsions de quelques dizaines d’attosecondes – DailyGeekShow.com / Image Illustration

L’échelle des attosecondes et la fragmentation extrême du temps

Une attoseconde correspond à un milliardième de milliardième de seconde, soit 10^-18 seconde. Autrement dit, cette unité est si minuscule qu’elle échappe à toute comparaison intuitive. En effet, il existe approximativement autant d’attosecondes dans une seconde que de secondes écoulées depuis le Big Bang. Or, ce dernier remonte à environ 13,8 milliards d’années.

Cette brièveté n’est pas seulement un record de laboratoire. Au contraire, elle correspond à l’échelle naturelle des électrons, qui évoluent à des vitesses extrêmes. Ainsi, utiliser un flash trop long reviendrait à photographier une balle en plein vol avec un obturateur ouvert plusieurs secondes. Dans ce cas, le mouvement disparaîtrait totalement dans un flou inexploitable.

Un laser de 43 attosecondes transformé en outil d’imagerie quantique

En 2017, une équipe de l’École polytechnique fédérale de Zurich a réussi à caractériser une impulsion de rayons X mous durant seulement 43 attosecondes. Ce résultat, publié dans Optics Express, marque une avancée majeure. De plus, son spectre s’étend de 60 à 160 électronvolts, ce qui permet d’atteindre des électrons fortement liés dans les atomes et les molécules.

Pour produire cet éclair, les chercheurs ont dirigé un laser infrarouge très intense vers un gaz. Sous l’effet de ce champ, certains électrons ont été arrachés à leurs atomes. Ensuite, ils ont été accélérés avant d’être renvoyés vers leur point d’origine. Lors de ce retour, ils ont généré des harmoniques lumineuses très énergétiques, lesquelles ont été combinées pour former une impulsion extrêmement courte.

L’image du flash photographique reste utile, mais elle demeure imparfaite. En réalité, les physiciens ne « voient » pas directement une particule. Ils mesurent plutôt des spectres, des retards d’émission et des variations d’énergie. À partir de ces données, ils reconstruisent ensuite l’évolution d’un état quantique avec une précision de quelques attosecondes seulement.

Observer les électrons grâce à la reconstruction quantique des mouvements

Dans un atome, un électron ne suit pas une orbite fixe comme une planète. Au contraire, la mécanique quantique le décrit comme un nuage de probabilités. Ce nuage évolue en permanence, en fonction des interactions et des perturbations extérieures. C’est précisément là que les impulsions attosecondes interviennent : elles déclenchent ces variations et permettent de les suivre presque instantanément.

La méthode pompe-sonde fonctionne comme une succession d’images ultra-rapides. D’abord, une première impulsion perturbe le système. Ensuite, une seconde arrive après un délai contrôlé avec une extrême précision. Elle mesure alors la réponse du système. En répétant l’expérience, les chercheurs parviennent à reconstituer la dynamique électronique complète, notamment les déplacements de charge et les temps d’ionisation.

Pendant des siècles, la science a cherché à construire des microscopes toujours plus puissants pour explorer l’infiniment petit. Désormais, elle dispose d’un outil radicalement différent. Il s’agit en réalité d’un microscope du temps. Celui-ci ne se contente pas de montrer la matière : il révèle surtout ses transformations les plus rapides. À terme, il pourrait même permettre d’influencer ces mouvements avant qu’ils ne se stabilisent.

Applications en chimie et électronique vers des technologies ultrarapides

Ces observations ont des conséquences directes en chimie. En effet, les électrons se déplacent avant même que les noyaux atomiques n’aient le temps de réagir. Ils redistribuent les charges en quelques attosecondes seulement. De plus, ils déclenchent la formation ou la rupture des liaisons chimiques. Les suivre permet donc de comprendre les toutes premières étapes d’une réaction chimique.

Les matériaux constituent un autre champ d’application majeur. Les charges électriques y circulent à des vitesses extrêmement élevées. Observer ces mouvements aide à mieux comprendre les semi-conducteurs, les cellules solaires et les dispositifs électroniques modernes. À long terme, cela pourrait conduire à des technologies fonctionnant à des fréquences pétahertz, bien au-delà des capacités actuelles.

Cependant, la prudence reste indispensable. Un flash de 43 attosecondes ne permet pas de produire une vidéo classique d’un électron. Par ailleurs, les applications industrielles restent encore lointaines. Malgré cela, l’impact scientifique est déjà considérable. D’ailleurs, le prix Nobel de physique 2023 a récompensé des travaux liés aux méthodes attosecondes.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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