
L’étude des populations de truites grises du lac Supérieur, en Amérique du Nord, a révélé une tendance inquiétante au cours de la dernière décennie : des salmonidés anormalement émaciés, qualifiés de « zombies ».
Des poissons pas vraiment fringants
Appartenant à la famille des ombles, les truites grises, ou siscowets, sont connues pour évoluer dans les couches les plus profondes du lac Supérieur. Alors que ces poissons présentent généralement une silhouette plutôt dodue, en raison d’importantes réserves de graisse qui les aident à affronter les températures glaciales y régnant, un nombre croissant de spécimens affichent une masse grasse trois fois plus faible que la normale.
En 2015, environ 3 % des truites grises capturées étaient considérées comme « zombies ». Dix ans plus tard, ce sont plus de 50 % des spécimens pêchés à Superior Maximus, point le plus profond du plus grand lac d’eau douce au monde, qui sont concernés.
Selon le biologiste Shawn Sitar, les siscowets sont nettement moins pêchés que les espèces de truites évoluant près des rives. En tant que grands prédateurs, elles contribuent à réguler certaines espèces nuisibles, et « absorbent » également une partie des attaques des lamproies qui, autrement, s’en prendraient à leurs « cousines ».
MSU researchers and the Michigan DNR are heading out on an expedition this month to investigate “zombie” fish in Lake Superior. https://t.co/k14lELEA0d
— WLNS (@WLNS) June 10, 2026
« Leur état de santé constitue un bon indicateur de celui de l’écosystème global du lac Supérieur, un peu comme un canari dans une mine de charbon », illustre le scientifique.
Famine ou épidémie ?
À la profondeur moyenne où évoluent ces poissons (un peu moins de 400 mètres), le moindre déséquilibre environnemental ou trophique peut avoir des conséquences dramatiques. Si les jeunes truites grises se nourrissent principalement de zooplancton et d’invertébrés, les adultes s’attaquent à de petits poissons et des crustacés.
« Des conditions aussi extrêmes impliquent une dépense énergétique considérable, de sorte que la perte de la moindre ressource peut entraîner une famine généralisée », explique Sitar. « De récentes analyses sanguines ont montré que plusieurs des poissons zombies en présentaient des signes cliniques. »
Autre possibilité : une maladie se répandant « comme une traînée de poudre » au sein des populations de siscowets du lac Supérieur, que de prochaines analyses épidémiologiques pourraient confirmer.
Précédemment, ce sont des « zombies » d’un tout autre genre qui avaient été signalés par des habitants du Colorado : des lapins dotés de tentacules.