Manifestation Iran
― Alexandros Michailidis / Shutterstock.com

Alors que les manifestations en Iran durent depuis maintenant un mois, des hackers ont réussi à pirater la télévision d’État iranienne, pour y faire passer des slogans en faveur du mouvement de révolte. Et ce, en plein JT, alors que l’ayatollah Khomeini, le guide suprême du pays, prenait la parole.

Une cyberattaque spectaculaire

C’est un véritable pied-de-nez au pouvoir iranien que ces hackers sont parvenus à réaliser. En plein journal télévisé, alors que le leader spirituel du pays, l’ayatollah Ali Khamenei, prenait la parole, la télévision d’État a été piratée par des hacktivistes pro-manifestations. À 21h33, ce samedi 8 octobre 2022, des images de l’ayatollah, entouré de flammes, et des portraits de jeunes femmes mortes, dont Mahsa Amini, ont été diffusées en direct.

En fond sonore, on peut entendre le slogan « Femmes, vie, liberté », cri de ralliement des manifestants depuis le début du mouvement de contestation du pouvoir. Des bandeaux apparaissent à l’écran : « Rejoignez-nous et soulevez-vous » ; « Le sang de notre jeunesse est sur vos mains. » Parmi les jeunes femmes dont les visages apparaissent à l’écran, on reconnait celui de Mahsa Amini, une Kurde de 22 ans, arrêtée par la police des moeurs à Téhéran, sous le prétexte qu’elle ne portait pas son foulard, obligatoire en Iran, « convenablement ». Le même jour, elle est transportée à l’hôpital dans le coma, et meurt trois jours plus tard. Son décès a enflammé la jeunesse iranienne, persuadée que la jeune femme a été tuée suite à de mauvais traitements de la police. Ce que cette dernière nie.

Elle est donc devenue une martyre, tout comme Nika Shakarami, 16 ans, et Hadis Najafi, 20 ans, tuées lors de manifestations, dont les visages sont également présents aux côtés de Mahsa Amini. À la fin de la séquence, qui n’aura donc duré que quelques secondes, on voit le présentateur, le visage crispé, peiner à reprendre l’antenne.

Des hacktivistes très actifs

Cette action coup de poing a été revendiquée par le groupe d’activistes informatiques Edalat-e Ali (« La justice d’Ali »), fort soutien du mouvement de contestation. Au même moment, ils diffusaient un message sur Twitter : « Le printemps arrive. Nous demandons à tous nos chers compatriotes de partager l’image piratée avec tous leurs amis et connaissances afin que nous puissions transmettre la bonne nouvelle du renversement du régime à tout le monde et inscrire leurs noms sur leurs pierres tombales. » Leur profil Twitter révèle leurs intentions : « Exposer les crimes du régime pour informer le monde sur la violation flagrante des droits de l’homme derrière des murs clos. »

Ces hacktivistes multiplient les opérations coup de poing depuis deux ans, comme par exemple, au début de l’année 2022, quand ils ont appelé, dans un clip de 50 secondes, à l’insurrection contre le régime lors de la retransmission d’un match de football, ou bien quand, en 2021, ils avaient hacké les caméras de sécurité de la prison d’Evin, connue pour enfermer majoritairement des prisonniers politiques, afin de révéler les sévices infligés aux personnes emprisonnées.

Au moins 201 morts depuis le début des manifestations

Depuis la mort de Mahsa Amini le 16 septembre, qui a marqué le début du soulèvement contre le régime, les manifestations ont fait au moins 201 morts, dont 23 enfants, d’après Iran Human Rights, une organisation internationale de défense des droits humains dans le pays, basée à Oslo, en Norvège. C’est le plus grand mouvement de contestation depuis le soulèvement de 2019.

Lors de ces manifestations, on a pu voir des femmes de tous âges enlever et brûler leur voile, comme dans cette vidéo qui a fait le tour du monde. Une envie de liberté qui touche aussi les plus jeunes, à l’image de ces lycéennes qui ont réussi à faire plier la direction de leur établissement. Rappelons que, depuis la révolution islamique de 1979, les femmes sont contraintes de porter le hijab (voile islamique) en public. Si cette obligation s’était relâchée depuis quelques années (les images de voiles portés de manière lâche n’étaient pas rares), l’arrivée au pouvoir d’Ebrahim Raïssi, président ultra-conservateur, avait resserré la vis.

Mais ce soulèvement ne concerne pas que les femmes, ni la seule volonté d’abolir le port du voile obligatoire. En effet, les hommes manifestent également pour les droits des femmes, à leurs côtés, pour plus de liberté. Le mouvement s’est désormais étendu aux ouvriers, en particulier ceux du secteur pétrolier, contre la corruption et la dictature. Pour l’instant, la réponse du régime semble toutefois être celle de la répression.

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lydia aoustin
lydia aoustin
1 mois

bravo bravo bravo