Segment du Grand Rouleau d’Isaïe — © Ardon Bar Hama / Israel Museum

L’intelligence artificielle a récemment permis de résoudre un mystère de longue date, en révélant que l’un des manuscrits de la mer Morte avait été rédigé par deux scribes à l’écriture très similaire, et non par une seule personne.

D’infimes variations

Ensemble de textes anciens, les manuscrits de Qumran avaient originellement été découverts dans des grottes de la rive nord-ouest de la mer Morte au milieu du 20e siècle. Dans le cadre de travaux publiés dans la revue PLoS One, Mladen Popović et ses collègues de l’université de Groningue, aux Pays-Bas, se sont spécifiquement penchés sur le Grand Rouleau d’Isaïe, copie du livre du même nom que l’on retrouve à la fois dans la Bible hébraïque et l’Ancien Testament. Achevé environ deux siècles avant notre ère, celui-ci avait été rédigé en hébreu.

« Avant la découverte de ces manuscrits, nous ne disposions pratiquement que de documents médiévaux datant de l’an 1000 pour étudier l’histoire ancienne de ce texte. Les manuscrits de la mer Morte sont comme une capsule temporelle », explique Popović. « Ces rouleaux nous permettent de remonter à l’époque où la Bible hébraïque était encore en cours de rédaction et nous offrent un point de vue unique sur les coulisses de sa conception. »

En raison d’une écriture très similaire sur les 7 mètres du parchemin, les chercheurs n’avaient jusqu’à présent pas été en mesure de déterminer si le Grand Rouleau d’Isaïe était l’œuvre d’un seul ou de plusieurs scribes. Pour résoudre ce mystère, Popović et ses collègues se sont appuyés sur l’intelligence artificielle pour analyser les images numériques du manuscrit. Le réseau neuronal utilisé a mis en évidence des variations dans la forme et le style des caractères indécelables à l’œil nu, révélant que les deux moitiés du parchemin avaient été rédigées par des personnes différentes.

Chaque lettre aleph et beth (premiers caractères de l’alphabet hébraïque) présente dans le Grand Rouleau d’Isaïe a été minutieusement analysée par l’IA — © Maruf A. Dhali / University of Groningen

« Si le recours à l’intelligence artificielle s’est avéré nécessaire pour confirmer que le document était l’œuvre de deux scribes différents, c’est en partie parce que les styles d’écriture se révélaient extrêmement proches, et auraient pu être le résultat d’un simple changement de stylet arrivé à mi-document », commente Charlotte Hempel, de l’université de Birmingham.

Une possible formation commune pour les scribes

Selon les auteurs de l’étude, cette nouvelle découverte soulève la question fascinante de savoir si un tel degré de ressemblance entre les styles d’écriture est le signe d’un professionnel hors pair, capable de « s’accorder » avec une autre main, ou d’un environnement de formation commun.

« C’est très excitant, car cela ouvre une nouvelle fenêtre sur le monde antique pouvant révéler des liens beaucoup plus complexes entre les scribes qui ont produit ces parchemins », estime Popović. « Dans cette étude, nous avons trouvé des preuves d’un style d’écriture très similaire partagé par les deux scribes du Grand Rouleau d’Isaïe, ce qui suggère une formation ou une origine commune. L’analyse future des manuscrits de la mer Morte restants pourrait nous en apprendre davantage sur ce point. »

En mars dernier, des archéologues israéliens avaient annoncé la découverte d’un parchemin biblique vieux de 2 000 ans dans le désert de Judée, soixante-dix ans après celle des manuscrits de la mer Morte.

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