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En France, le monde du sport est encore trop peu représenté par les femmes. Cela est surtout le cas au sein des fédérations olympiques qui ne respectent pas toutes ce qu’indique la loi française. Aujourd’hui, une fédération olympique sur six ne représente pas de manière légale la représentation des femmes. De plus, sur trente-six fédérations olympiques, seule l’escrime est représentée par une femme et le nombre de femmes à la tête d’instances exécutives ne respecte toujours pas ce que prévoit la loi de 2014 en matière d’égalité.

Que dit la loi concernant la représentation des femmes dans les fédérations olympiques ?

La loi du 4 août 2014 concernant l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, au sein des fédérations où elles ne représentent qu’un quart des licences, indique qu’au moins 40 % des sièges dans les instances dirigeantes, comité de directeur ou conseil d’administration doivent leur revenir. Concernant les fédérations où les femmes représentent moins du quart des membres, la proportion égalitaire n’est plus que de 25 %. Cette loi n’oblige donc pas à une parité parfaite mais oblige à une “représentation proportionnelle au nombre de femmes pratiquantes”.

En matière de comptage, le ministère souhaite le renforcer afin d’ajouter aux instances dirigeantes la composition des bureaux exécutifs. Pour quelle raison ? Aujourd’hui, certaines fédérations ne les comptabilisent pas et ne se préoccupent que des comités directeurs ou des conseils d’administration. 

Cette loi est-elle réellement respectée ?

Actuellement, la loi n’est pas respectée de manière légale en matière de représentation des femmes dans les fédérations olympiques sportives. En effet, sur trente-six fédérations olympiques, seule celle de l’escrime est dirigée par une femme : Isabelle Lamour. Une situation paradoxale, sachant que des sports comme la gymnastique, le patinage ou encore l’équitation sont surtout pratiqués par des femmes. Par ailleurs, quatorze de ces fédérations olympiques ne respectent pas suffisamment les règles de représentativité. Cela illustre donc bel et bien une sous-représentation des femmes au sein des instances dirigeantes sportives.

En prenant en compte les pourcentages évoqués plus haut, soit un minimum de 40 % concernant les représentations des femmes dans les instances dirigeantes, il ne faut pas oublier que le judo (20 %), le roller (moins de 40 %), le ski (à peine plus de 20 %) et le triathlon (moins de 30 %) ne respectent en aucun cas la loi. L’escrime la respecte également peu avec seulement 27,7 % d’adhérentes et 26,5 % de femmes au sein de son comité directeur. De plus, un poste demeure toujours vacant au sein des fédérations de lutte et de baseball-softball, faute de trouver une femme disponible pour ce poste. Une situation non conforme aux textes. Le comité directeur des trois sports majoritairement pratiqués par des femmes (gymnastique, patinage et équitation) est dirigé par 40 % de femmes.

Sur les 112 fédérations sportives (36 olympiques, 53 non olympiques et 23 multisports), 16 n’ont pas un comité directeur conforme à la loi. Après les élections fédérales organisées entre 2016 et 2018, le taux de féminisation de l’intégralité des instances dirigeantes des fédérations olympiques agréées est tout de même passé de 26 % en 2013 à 35 % en 2018.

 Le ministère explique que la non-conformité est présente au sein des statuts du code du sport, telle la fédération de jeu de paume qui, par exemple, ne compte aucune élue. L’aïkido compte également moins de 25 % d’élues. D’autres fédérations n’arrivent pas à appliquer la loi avec des écarts qui restent tout de même minimes : la voile (proportion de licenciées en 2016 : 37 % ; proportion de femmes au comité directeur et d’administration : 43 %) ou encore la gymnastique (proportion de licenciées en 2016 : 81 % ; proportion de femmes au comité directeur et d’administration : 48 %). Enfin, d’autres fédérations ne respectent pas leurs statuts et présentent des écarts bien plus importants en matière de représentation féminine au sein des instances dirigeantes (joute et sauvetage nautique, sport-boules, pêche, etc.).

Des bureaux fédéraux et des directions techniques majoritairement masculins

Si les femmes sont sous-représentées au sein des fédérations sportives, cela est encore plus flagrant lorsque l’on se concentre sur la composition des bureaux fédéraux et des directions techniques. Ces derniers sont effectivement majoritairement masculins. Au sein de ceux-ci, les femmes sont encore moins présentes et considérées. En effet, seules deux fédérations sur trente-six respectent une réelle parité au sein des bureaux exécutifs.

On constate un phénomène de plafond de verre dans les bureaux exécutifs. À des postes de moindre importance, comme secrétaire générale adjointe ou trésorière adjointe, on trouve des femmes. Mais ce sont les hommes qui occupent les fonctions les plus valorisantes”, explique Patricia Constantini, cofondatrice du collectif Egal Sport, engagé en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le sport. Les femmes manquent énormément au sein des postes de président, vice-président, directeur général ou encore de trésorier.

Si les Directions techniques nationales (DTN), instances stratégiques qui doivent veiller à l’organisation de la pratique de sports sur l’ensemble du territoire, ne sont pas concernées par les règles de représentation, elles sont aussi pointées du doigt. En décembre 2018, Roxana Maracineanu, ministre des Sports, expliquait qu’il n’y avait “qu’une dizaine de femmes parmi les cadres dirigeants des DTN ; de surcroît, un tiers d’entre elles occupent en réalité un poste d’adjointe”. Elle expliquait également que le surf ne compte aucune femme à la DTN et qu’il n’y a qu’une femme à la tête de certaines fédérations dont le surf.

Face à cette situation, un projet de loi “sport et société” sera présenté au printemps prochain. Ce dernier devrait permettre d’améliorer la gouvernance des fédérations, notamment en incluant davantage de femmes. “Nous allons instaurer des seuils de femmes dans les ligues régionales et les comités départementaux et faciliter l’engagement féminin au niveau associatif. C’est par le bas que l’on pourra progressivement faire monter plus de femmes et progressivement faire élire plus de femmes présidentes”, a ajouté Roxana Maracineanu le 7 février dernier. Concernant le non-respect de la loi de 2014, le ministère a jusqu’à présent uniquement diffusé des rappels à l’ordre auprès des fédérations olympiques sportives. 

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