— Orla / Shutterstock.com

Des scientifiques américains ont démontré que les progénitures de dinosaures carnivores massifs comme le T. rex, caractérisées par une croissance spectaculaire, avaient profondément remodelé leur écosystème, en éclipsant les espèces rivales plus petites.

Un mystère tenace enfin éclairci

Publiée dans la revue Science, cette nouvelle étude contribue à expliquer pourquoi, contrairement à ce que nous voyons chez les animaux terrestres aujourd’hui, les grandes espèces de dinosaures étaient beaucoup plus nombreuses que les petites durant la période de 150 millions d’années ayant vu ces créatures régner sur Terre.

« Les communautés de dinosaures étaient comme des centres commerciaux un samedi après-midi, remplies d’adolescents », estime Kat Schroeder, auteure principale de l’étude. « Ils constituaient une part importante des individus d’une espèce et avaient probablement un impact très réel sur les ressources disponibles au sein de celles-ci. »

Même en tenant compte des limites des enregistrements fossiles actuels, on pense que les dinosaures n’étaient pas particulièrement diversifiés : on ne connaît que quelque 1 500 espèces, contre des dizaines de milliers d’espèces modernes de mammifères et d’oiseaux. Par ailleurs, sur l’ensemble de l’ère mésozoïque, de 252 à 66 millions d’années, il existait beaucoup plus d’espèces de grands dinosaures pesant une tonne ou plus que d’espèces pesant moins de 60 kilos.

Infographie illustrant le déséquilibre entre les dinosaures préhistoriques et les carnivores modernes — © UNM Biology Department

Certains scientifiques ont par conséquent avancé l’idée que même les dinosaures les plus massifs possédaient une taille minuscule à la naissance, et avaient par conséquent exploité différentes ressources de leur écosystème au fil de leur croissance, occupant des niches au sein desquelles des espèces plus petites auraient autrement pu prospérer.

« Très peu de dinosaures carnivores adultes pesant entre 100 et 1 000 kilos existaient dans ces communautés »

Afin de tester cette théorie, Schroeder et ses collègues ont examiné les données de sites fossilifères du monde entier, incluant plus de 550 espèces de dinosaures, et ont organisé les dinosaures en fonction de leur régime (herbivore ou carnivore) et de leur taille. Cette analyse leur a permis de mettre en évidence une absence frappante de carnivores adultes de taille moyenne au sein des communautés incluant des mégathéropodes, comme le T. rex, qui avait vraisemblablement davantage le profil d’un marathonien que d’un sprinter.

« Très peu de dinosaures carnivores adultes pesant entre 100 et 1 000 kilos existaient dans ces communautés », souligne Schroeder. « Il se trouve que les jeunes mégathéropodes comblaient parfaitement cet espace. »

Cette conclusion a été appuyée par la façon dont la diversité des dinosaures a évolué au fil du temps, avec des communautés jurassiques (200-145 millions d’années) présentant un manque de créatures de taille intermédiaire moins marqué que celles du Crétacé (145-65 millions d’années).

Fossile de Tyrannosaurus rex — © UNM Biology Department

« Davantage semblables aux adultes, les mégathéropodes juvéniles du Jurassique pouvaient s’attaquer à un large éventail de sauropodes herbivores à long cou, tels que le brachiosaure », détaillent les auteurs de l’étude. « Tandis que le Crétacé était complètement dominé par les tyrannosaures et abelisaures, dont la morphologie changeait énormément durant leur croissance. »

Traiter les juvéniles comme une espèce à part entière

Pour tester mathématiquement cette théorie, l’équipe a multiplié la masse des mégathéropodes juvéniles à des âges donnés par le nombre de créatures susceptibles de survivre annuellement, d’après les enregistrements fossiles collectés jusqu’à présent. En traitant les juvéniles comme une espèce à part entière, cette méthode statistique a permis de combler le manque de dinosaures carnivores de taille moyenne observé.

D’après Schroeder, en plus d’aider à résoudre un mystère tenace, ces travaux démontrent l’intérêt d’étudier davantage les dinosaures d’un point de vue écosystémique, afin de mieux comprendre les dynamiques ayant régi leur répartition.

Cette nouvelle étude fait écho à une analyse menée début 2020, qui avait confirmé que deux squelettes de T. rex de taille moyenne étaient ceux de spécimens juvéniles, et non d’hypothétiques représentants d’une espèce naine.

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