Cet été, des nageurs du lac d’Orient, dans l’Aube, ont croisé par dizaines de petites créatures translucides en forme d’ombrelle. Ce ne sont pas de simples débris : ce sont bien des méduses, une espèce d’eau douce discrète mais installée en France depuis plus d’un siècle.

À Lusigny-sur-Barse, une centaine de méduses surprennent des nageurs sans faire courir le moindre risque
Lundi 18 juillet, des nageurs s’entraînent près de la plage de Lusigny-sur-Barse, sur le lac d’Orient, dans l’Aube. Ils croisent un banc dense de petites formes translucides. L’une des nageuses en dénombre une centaine, dérivant entre deux eaux, sans agressivité apparente.
Pas de quoi paniquer : ces animaux, baptisés Craspedacusta sowerbii, ne représentent aucun danger réel pour l’homme. Leur venin, conçu pour capturer du plancton microscopique, ne traverse presque jamais la peau humaine. La rencontre reste avant tout inattendue pour la plupart des baigneurs.
Ce n’est pas une première dans le secteur. Un guide nature de l’Aube avait déjà repéré ces méduses en 2021, non loin de Mesnil-Saint-Père. Il explique qu’elles se développent surtout quand l’eau du lac se réchauffe fortement, un rendez-vous presque saisonnier plutôt qu’un accident isolé.
Craspedacusta sowerbii, seule méduse d’eau douce d’Europe, installée en France depuis plus d’un siècle
Craspedacusta sowerbii reste la seule espèce de méduse d’eau douce connue en Europe. William Sowerby la décrit en 1880, dans les bassins du Royal Botanic Garden de Londres. Elle atteint la France en 1891, repérée par Chiffot dans le parc de la Tête d’Or, à Lyon.
Depuis le début du 20ᵉ siècle, les signalements se multiplient : lac d’Annecy, lac Léman, gravières de Nouvelle-Aquitaine, étangs de Mayenne. L’espèce colonise les eaux douces limpides, rivières calmes, lacs, étangs, mais aussi des carrières et gravières transformées en plans d’eau artificiels.
Une méduse grande comme une pièce de monnaie, révélée par un cycle de vie discret
Sa taille reste modeste : la forme méduse est hémisphérique, avec un diamètre maximal de 25 millimètres. De nombreux tentacules bordent l’ombrelle, et le corps blanchâtre, presque translucide, laisse entrevoir les gonades. Un physique fantomatique qui explique la confusion des premiers instants.
La méduse visible n’est que l’aboutissement d’un cycle discret. Elle bourgeonne à partir de polypes fixés au fond du lac, qui se réveillent dès que l’eau atteint 25°C, de juillet à octobre, avec un pic fin août-début septembre. Ces polypes peuvent patienter des années sans produire la moindre méduse visible.
Zooplancton, nématocystes et un cas rare de piqûre : ce que dit la science
Craspedacusta sowerbii se nourrit de zooplancton microscopique : rotifères du genre Asplanchna, daphnies du genre Ceriodaphnia. Elle chasse donc des proies invisibles à l’œil nu, très loin du profil de prédateur qu’on prête souvent aux méduses marines.
Reste la question qui taraude les baigneurs : ça pique ou pas ? Comme toutes les méduses, elle possède des nématocystes urticants dans ses tentacules, destinés à harponner ses proies. Dans l’immense majorité des cas, ce venin trop faible ne traverse pas la peau humaine.
Une exception existe pourtant : des chercheurs ont documenté le premier cas français d’envenimation par cette espèce, preuve qu’un contact prolongé peut, très rarement, provoquer une réaction cutanée bénigne. Le meilleur réflexe reste donc d’observer ces ombrelles translucides sans jamais les manipuler.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Catégories: Animaux & Végétaux