— © Demeter et al. / Nature Communications 2022

Au cœur des forêts du Laos, dans une grotte des montagnes de l’Annamite, des chercheurs ont découvert une molaire à l’apparence inhabituelle, constituant vraisemblablement un rare témoignage fossile des mystérieux Dénisoviens.

Une découverte excitante

Espèce éteinte du genre Homo, les Dénisoviens ont été identifiés pour la première fois lors de l’analyse de l’os d’un doigt d’enfant trouvé dans une grotte sibérienne en 2008, dont le profil ne s’était avéré correspondre à aucune espèce humaine connue. Sur la base des restes découverts jusqu’à présent, remontant à près de 200 000 ans, il s’avère que ces hominines partageaient des similitudes génétiques étroites avec les Néandertaliens.

En raison de leur rareté (six dents et os fossilisés ont été découverts sur le site sibérien et une mandibule partielle dans une grotte en Chine), la mise au jour d’une potentielle dent de Dénisovien au Laos, région du globe bien plus australe, constitue une découverte particulièrement excitante pour les chercheurs.

« Les analyses de la structure interne de la molaire et les analyses paléoprotéomiques de l’émail indiquent que la dent provient d’un jeune individu Homo, probablement de sexe féminin », écrivent les auteurs de l’étude, parue dans la revue Nature Communications. Selon eux, ce spécimen trouvé dans la grotte Tam Ngu Hao 2 constitue la première preuve directe de la présence d’individus de type dénisovien et de la faune associée en Asie du Sud-Est continentale il y a 164 à 131 000 ans.

Vues du spécimen TNH2-1 — © Demeter et al. / Nature Communications 2022

Une telle découverte confirme également que cette région était un point chaud de diversité pour le genre Homo, avec la présence d’au moins cinq espèces au cours du Pléistocène : Homo erectus, Homme de Denisova/Néandertal, H. floresiensis (qui subsisterait toujours sur une île indonésienne), H. luzonensis et H. sapiens.

Des caractéristiques typiques des Dénisoviens

Le développement de la molaire et l’absence de signe d’usure suggèrent qu’elle appartenait à une enfant âgée de 3 ans à 8 ans au moment de sa mort. L’équipe a utilisé les sédiments s’étant déposés sur la dent pour la dater mais, en raison de l’âge du spécimen, et des conditions tropicales connues pour accélérer sa dégradation, n’a malheureusement trouvé aucune trace d’ADN.

Si l’analyse des protéines présentes dans la molaire ainsi que sa morphologie suggèrent fortement qu’elle appartenait à une Dénisovienne et non une Néandertalienne, des analyses complémentaires seront toutefois nécessaires pour le confirmer définitivement.

« Les différences que nous observons par rapport aux Néandertaliens n’empêchent pas la dent TNH2-1 d’appartenir à ce taxon et en ferait le fossile néandertalien le plus au sud-est jamais découvert », écrit l’équipe. « Cependant, si l’on considère les particularités morphologiques de TNH2-1 de façon plus globale, ainsi que le haut degré de similitudes morphodimensionnelles avec les molaires du spécimen de Dénisovien provenant de la grotte chinoise Xiahe, l’hypothèse la plus raisonnable est que TNH2-1 appartient à ce groupe frère des Néandertaliens. »

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