Cette nouvelle étude américaine montre que le manque d’abeilles dans les zones agricoles limite largement le rendement de plusieurs cultures vivrières. Selon ses auteurs, le déclin de ces pollinisateurs pourrait avoir de graves conséquences sur l’approvisionnement alimentaire mondial.

Un déclin des pollinisateurs lourd de conséquences pour les cultures

Lourdement touchées par la perte d’habitat, les pesticides et le changement climatique, les populations d’abeilles sauvages connaissent un déclin sans précédent. Bien que les abeilles domestiques soient sensiblement moins impactées par ces phénomènes, ces pollinisateurs sont régulièrement victimes de maladies, ce qui fait craindre aux chercheurs un effondrement du rendement de 75 % des cultures vivrières à l’échelle mondiale dans les années à venir.

Dans le cadre de ces travaux présentés dans la revue PNAS, une équipe internationale de scientifiques a étudié sept types de cultures (pomme, cerise, potiron…) à travers 13 États américains. Après avoir mis en relation les populations d’abeilles et l’abondance des récoltes pour 131 champs, les chercheurs ont conclu que le manque de pollinisateurs limitait largement leur production.

Les chercheurs ont découvert que les abeilles indigènes sauvages participaient de manière surprenante à une grande partie de la pollinisation (avec une valeur de production agricole annuelle estimée à plus de 1,5 milliard de dollars aux États-Unis grâce à leur seule contribution), en dépit du fait qu’elles opèrent dans des zones d’agriculture intensive largement dépourvues de la végétation les soutenant.

Malheureusement, si celles-ci s’avèrent souvent être des pollinisateurs plus efficaces que les abeilles domestiques, de précédentes recherches ont montré que plusieurs espèces connaissaient un fort déclin. Avec notamment un effondrement de 87 % des populations de bourdons à tache rousse au cours des deux dernières décennies.

La quantité de production agricole dépendant des insectes et autres pollinisateurs a augmenté de 300 % depuis 1970

L’étude souligne également que des pans entiers de l’agriculture américaine sont soutenus par les abeilles domestiques, en particulier la culture des amandes (l’une des deux seules cultures à ne pas souffrir d’un manque d’abeilles). Localisée principalement en Californie, celle-ci entraîne chaque année le déplacement par camions d’un nombre gigantesque de ruches en provenance de tout le pays afin d’assurer une pollinisation massive.

Les États-Unis sont à l’avant-garde des tendances divergentes se reproduisant ailleurs dans le monde. Tandis que l’agriculture devient plus intensive pour produire de plus grands volumes afin de nourrir une population mondiale croissante, la disparition des prairies, la pulvérisation de grandes quantités d’insecticide et les champs à culture unique nuisent aux populations d’abeilles essentielles à la pollinisation des cultures.

D’après l’ONU, la quantité de production agricole dépendant des insectes et autres pollinisateurs a augmenté de 300 % depuis 1970. Le manque de pollinisation pourrait entraîner la raréfaction et la hausse du prix de certains fruits et légumes, et ainsi favoriser les carences nutritionnelles. Pollinisés par le vent, les aliments de base tels que le riz, le blé et le maïs ne seront toutefois pas impactés.

Les scientifiques recommandent la réalisation de recherches supplémentaires afin de mieux définir la quantité optimale de pollinisation nécessaire pour améliorer le rendement des cultures, et d’analyses permettant de s’assurer que les niveaux de pesticides et d’engrais appliqués sont appropriés.

« Nous ne sommes pas encore confrontés à une crise mondiale, mais les tendances actuelles sont particulièrement inquiétantes », déplorent les auteurs de l’étude. « Nos travaux montrent que ce n’est pas un problème qui se posera dans 10 ou 20 ans, mais qui se pose dès maintenant. »

— thka / Shutterstock.com

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