Perché à plus de 3 000 mètres dans le Tian Shan, un site rassemble près de 90 000 gravures rupestres. Ce sanctuaire millénaire raconte les croyances de peuples nomades disparus. Pourtant, son accès reste limité à quelques semaines par an, entre pont de neige fragile et sentiers escarpés.

Dans le Tian Shan kirghize, Saimaluu-Tash rassemble l’une des plus vastes galeries préhistoriques d’Asie centrale
Saimaluu-Tash se situe dans les montagnes du Tian Shan, au Kirghizistan. Le site culmine à plus de 3 000 mètres d’altitude, dans une vallée glaciaire isolée. Son nom signifie « pierres brodées » en kirghize. En effet, cette appellation évoque la densité des gravures qui recouvrent les blocs de basalte.
Le site rassemble près de 90 000 pétroglyphes, gravés sur environ 10 000 rochers. Les spécialistes le considèrent comme l’un des plus vastes ensembles rupestres de haute altitude au monde. D’ailleurs, peu de lieux offrent une telle concentration de gravures anciennes. Cette abondance distingue Saimaluu-Tash des autres sites d’Asie centrale.
Des scènes de chasse aux rites solaires, les gravures racontent quatre millénaires de croyances nomades successives
Les premières gravures datent de l’âge du bronze, il y a environ 4 000 ans. D’autres peuples ont poursuivi le travail durant l’âge du fer. Les premières populations turciques ont continué cette pratique, jusqu’à environ 900 après J.-C. Le site est resté un lieu de culte pendant trois millénaires.
Les scènes montrent des chasseurs et des animaux, notamment des bouquetins. D’autres gravures représentent des conflits entre groupes. Le Soleil apparaît aussi comme motif récurrent sur plusieurs blocs. Ces images renseignent sur des sociétés nomades dont les traces matérielles restent rares.
Avant l’arrivée de l’islam en Asie centrale, au VIIIe siècle, le tengrisme dominait les croyances locales. Cette tradition accordait une place centrale aux esprits de la nature. Des pratiques chamaniques accompagnaient souvent ces rituels liés au culte du Soleil. Saimaluu-Tash a ainsi servi de sanctuaire avant de tomber dans l’oubli.
Un cartographe militaire russe a révélé le site en 1902, après des décennies dans l’oubli
Le cartographe russe Nikolaï Khloudov n’a redécouvert le site qu’en 1902. Les premières études archéologiques, elles, n’ont commencé qu’à la fin des années 1940. Entre ces deux dates, Saimaluu-Tash est resté largement ignoré. Cet oubli prolongé explique en partie son excellent état de conservation.
L’isolement du site a paradoxalement favorisé sa préservation. Le pillage et le vandalisme y sont restés limités au fil du temps. La couverture neigeuse hivernale protège aussi les roches des écarts de température. Ces conditions naturelles expliquent le remarquable état des gravures aujourd’hui.
Un pont de neige fragile et six semaines par an seulement pour rejoindre ce sanctuaire reculé du Kirghizistan
L’accès à Saimaluu-Tash reste possible seulement six semaines par an. La fenêtre s’ouvre généralement entre juillet et septembre. Concrètement, un pont de neige temporaire conditionne le passage vers le site. Trop tôt, la neige recouvre encore les gravures, trop tard, le pont a fondu.
Après environ trois heures de marche, les premiers blocs gravés apparaissent. Altynai Kudaibergenova, guide touristique basée à Bichkek, décrit un parcours exigeant. Selon elle, les peuples anciens devaient déjà affronter des pentes abruptes et des plaques de glace. Ce chemin difficile faisait partie intégrante du pèlerinage rituel.
« C’est le plus grand site de pétroglyphes d’Asie centrale, laissé par différents peuples sur une période de quatre millénaires. » Ainsi résume la guide locale son importance archéologique. Aucune foule ne trouble encore ce sanctuaire naturel. Cette tranquillité pourrait toutefois se raréfier avec l’essor du tourisme kirghize.