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Des chercheurs se sont récemment penchés sur les signaux d’alerte émis par les abeilles en cas de danger, et ont constaté que les insectes poussaient des cris, étonnamment semblables à ceux des mammifères, lorsqu’ils étaient attaqués par des frelons géants.

Un signal d’alarme familier

Les abeilles domestiques orientales ou asiatiques (Apis cerana), de plus en plus reconnues comme des créatures remarquablement intelligentes, produisent différents sons (notamment des sifflements) pour communiquer. Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Royal Society Open Science, des chercheurs du Wellesley College en ont identifié un nouveau, s’apparentant à un signal d’alerte unique pour avertir les autres abeilles d’une attaque de frelons géants (Vespa soror). Les attaques de frelons géants pouvant anéantir des colonies entières, un système d’alerte précoce permettant aux abeilles de se défendre est donc crucial.

Nommé « anti-predator pipe », le nouveau signal identifié se révèle si distinctif et familier qu’il a donné des frissons à la chercheuse principale Heather Mattila lorsqu’elle l’a entendu pour la première fois. « Il présente des similitudes avec de nombreux signaux d’alarme des mammifères, si bien qu’en les entendant, un mammifère reconnaît immédiatement qu’il s’agit d’un signal de danger », explique-t-elle. « Cela ressemble à une sensation universelle. »

Les sons sont émis à un rythme effréné lorsque les frelons se trouvent à l’extérieur de la ruche, et les signaux sont forts et irréguliers, changeant souvent de fréquence de façon abrupte. Selon les chercheurs, ils s’avèrent similaires aux cris d’alarme, aux cris de peur et aux appels de panique des primates, des oiseaux et des suricates.

Lorsque l’alerte anti-prédateur retentit, les abeilles se rassemblent en grand nombre et commencent à prendre des mesures défensives, en répandant notamment des excréments d’animaux autour de l’entrée de la colonie pour repousser les frelons (première utilisation documentée d’outils par les abeilles) et en formant des pelotons d’abeilles kamikazes pour tuer collectivement les frelons qui les attaquent.

Des interactions étudiées pendant plus de 7 ans

Mattila et son équipe ont étudié les interactions entre les abeilles domestiques asiatiques et les frelons géants pendant plus de 7 ans, en réalisant des enregistrements audio et vidéo. Leurs observations ont montré que les ruches attaquées étaient 8 fois plus « bruyantes » que les ruches en période de calme relatif.

« Les abeilles communiquent constamment entre elles, dans les bons comme dans les mauvais moments, mais l’échange de signaux anti-prédateurs est particulièrement important dans les moments difficiles, lorsqu’il est impératif de rallier les ouvrières pour défendre la colonie », détaillent les auteurs de l’étude.

« Cette recherche montre à quel point les signaux produits par les abeilles de ruche asiatiques peuvent être complexes », souligne Gard Otis, co-auteur de l’étude. « Nous avons l’impression que nous n’avons fait qu’effleurer la surface en ce qui concerne leur communication. Il y a encore beaucoup à découvrir. »

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