
En étudiant une étrange espèce de concombre de mer, des scientifiques ont découvert que ses tissus continuaient à vivre près de trois ans après leur prélèvement, avec des implications potentielles pour la régénération de leurs homologues humains.
Un concombre de mer hors du commun
Observé dans les eaux glaciales de l’Arctique et de l’Atlantique Nord, le psolus écarlate (Psolus fabricii) joue un rôle écologique clé en recyclant la matière organique tombant au fond de l’océan. Comme les oursins et les étoiles de mer, il appartient au phylum des échinodermes, dont de nombreux représentants se distinguent par leurs capacités de régénération et leur vieillissement cellulaire limité.
Alors que les chercheurs supposaient que les tissus détachés de l’animal finissaient par se décomposer et mourir, une équipe avait remarqué que, des semaines après sa séparation de P. fabricii, un fragment de son pied tubulaire continuait à se développer. Des expériences au long cours menées sur trois spécimens ont récemment permis d’éclairer les mécanismes en jeu.
« Nous observons une croissance et une diversification cellulaires assez stupéfiantes, littéralement des années après le prélèvement du tissu », explique Rachel Sipler, auteure principale de la nouvelle étude, publiée dans la revue Science Advances. « On sait que certains lézards peuvent faire repousser leur queue. Dans ce cas, on se demande si la queue pourrait faire repousser un nouveau lézard. »

Des implications potentielles pour la régénération des tissus humains
Ces résultats s’inscrivent dans le prolongement des recherches menées depuis des décennies sur les lignées cellulaires dites « immortelles », cultivables indéfiniment en laboratoire. Alors que, jusqu’à présent, des conditions complexes devaient généralement être réunies pour maintenir des tissus en vie, la réorganisation tissulaire, l’activité immunitaire et le développement des échantillons prélevés sur P. fabricii indiquent que ses cellules ont directement absorbé les acides aminés dissous dans l’eau de mer.
« Il s’agit sans doute la moins ‘propre’ que nous puissions utiliser à des fins expérimentales », note Sipler. « Cet environnement riche en bactéries et en matière organique a en réalité nourri les cellules et permis à ce tissu de cicatriser et de se développer. »
Selon les chercheurs, cette résilience hors du commun fait écho à celle observée chez des organismes réputés comme les axolotls ou la méduse Turritopsis dohrnii, et pourrait contribuer à ouvrir de nouvelles pistes pour la régénération et la cicatrisation des tissus humains.
Par Yann Contegat, le
Source: Connect Sci
Étiquettes: régénération
Catégories: Sciences, Actualités, Animaux & Végétaux