Selon une étude réalisée par des scientifiques franco-italiens et publiée en mai 2019 dans la revue Brain, les narcoleptiques seraient beaucoup plus créatifs que les autres. Cela serait dû au fait qu’ils accéderaient plus facilement à la phase de sommeil paradoxal, durant laquelle le cerveau rêve.

LES NARCOLEPTIQUES, PLUS CRÉATIFS ?

La narcolepsie, ou maladie de Gélineau, est un trouble du sommeil qui touche environ 0,02 % de la population et qui est caractérisé par un besoin de sommeil spontané, inattendu et irréprimable. Dans 70 % des cas, cette maladie entraîne également une cataplexie, qui peut être définie comme une perte soudaine du tonus musculaire. Nous ajoutons qu’une personne narcoleptique entre directement dans la phase de sommeil paradoxal et rêve même lors de siestes courtes, contrairement au reste de la population ; elle fait de même plus souvent de rêves lucides (= rêves dans lesquels la personne est consciente d’être en train de rêver et peut influencer le cours de son rêve).

Ce lien entre narcolepsie et créativité est dû, selon les auteurs de cette étude, au fait que les narcoleptiques aient un accès plus facile au sommeil paradoxal, durant lequel les rêves se développent (les rêves favorisant la créativité). Leur créativité s’en trouve alors décuplée. « En rencontrant régulièrement des patients narcoleptiques au sein de mon service, j’ai remarqué qu’ils semblaient plus évoluer dans des activités créatives que la moyenne ; pas uniquement dans leur vie professionnelle mais aussi dans leurs loisirs ou leur façon de penser« , nous informe la professeure Isabelle Arnulf, cheffe du service des pathologies du Sommeil à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et une des auteures de l’étude. Il est à noter que ces travaux ont été effectués conjointement par des médecins de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de Sorbonne Université, en collaboration avec une équipe de l’université de Bologne en Italie. 

Ce que rapporte l’étude

Pour les besoins de cette étude, les scientifiques ont évalué les facultés créatives de 185 personnes narcoleptiques et de 126 personnes “témoins”, soit non narcoleptiques. Deux méthodes furent employées. L’une consistait à mesurer l’échelle de créativité de façon subjective : les chercheurs ont donné des questionnaires aux participants, ont évalué leur profil et leurs réalisations personnelles dans différents domaines des arts et des sciences comme l’humour, la peinture ou la cuisine. La deuxième méthode était quant à elle plus objective, puisqu’elle a évalué 60 participants (30 narcoleptiques et 30 “témoins”) au moyen d’un devoir sur table de deux heures nommé EPoC (Évaluation du potentiel créatif). Ce test avait pour fonction d’estimer chez chaque patient les deux grandes dimensions de la créativité, soit la pensée divergente (qui demande, à partir d’une stimulation, de générer le plus de réponses possible) et la pensée convergente (pour laquelle on a besoin d’intégrer plusieurs objets dans une seule production, cohérente et personnelle). 

Le résultat est sans appel : les personnes narcoleptiques ont obtenu des résultats plus élevés que les autres. Toutefois, « seule une partie d’entre eux sortait vraiment du lot en matière d’accomplissement créatif », selon Delphine Oudiette, chercheuse INSERM à l’ICM et directrice de l’étude. Il s’agit en particulier des narcoleptiques rêveurs lucides, dont les scores ont été les plus élevés au test de profils créatifs, ce qui nous suggère “un rôle du rêve dans les capacités créatives. Cela nous incite vraiment à encourager les personnes narcoleptiques à exploiter leur potentiel« , ajoute-t-elle.

Une créativité qui découlerait du sommeil paradoxal

Un lien existe donc entre narcolepsie et créativité, mais surtout entre sommeil paradoxal et créativité. Comme le rappelaient nos confrères de Sciences et Avenir, certaines études l’ont effectivement démontré. Selon ces études, une sieste intégrant une phase de sommeil paradoxal (durant laquelle ont lieu les rêves) a pour conséquence une plus grande flexibilité mentale. Cette flexibilité mentale permet la résolution de problèmes beaucoup plus facilement, mais également la production de travaux originaux et cohérents même dans le cadre de certaines contraintes. Or, en neurosciences, cela est tout à fait la définition de la créativité. Cependant, ces propos doivent être nuancés puisqu’il “est peu probable que la créativité en soi naisse instantanément lors d’une sieste. Au contraire, le développement de la créativité s’étend probablement sur plusieurs années, y compris de nombreuses périodes de sommeil« , expliquent les chercheurs dans la publication.

Les scientifiques pensent qu’il faudrait mener des études afin de voir si les rêves lucides sont la cause ou la conséquence de la créativité. À ce jour, et comme nous l’avons dit plus haut, les auteur.e.s de l’étude pensent que cette créativité importante pourrait être liée au fait que les personnes narcoleptiques accèdent plus rapidement au sommeil paradoxal et donc aux rêves, ce qui leur permet de bénéficier d’un puits sans fond d’idées dans lesquelles elles peuvent puiser lorsqu’elles se trouvent inspirées et lorsqu’elles créent. « Il s’agit d’un argument fort pour dire que l’accès régulier au sommeil paradoxal et aux rêves favorise la créativité », nous informe Célia Lacaux, une des auteures de l’étude. « C’est aussi la première fois que nous montrons que les sujets narcoleptiques sont meilleurs que la moyenne dans un domaine aussi important que la créativité, apportant par la même occasion une note positive à cette maladie difficile à vivre. »

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