Photo du bord de l’inlandsis groenlandais — © Pierre Beck

La datation d’échantillons de roches provenant d’un cratère d’impact découvert accidentellement dans le nord-ouest du Groenland il y a sept ans a révélé que l’astéroïde en étant responsable avait percuté la Terre quelques millions d’années seulement après la disparition des dinosaures.

Des datations concordantes

En 2015, des chercheurs danois avaient découvert sous l’épais glacier Hiawatha ce qu’ils pensaient être les stigmates de l’impact d’un astéroïde massif (environ 1 km de diamètre). Alors que l’âge de ce cratère large de 31 kilomètres avait été initialement estimé à quelques milliers d’années, impliquant que l’évènement ait potentiellement impacté l’humanité et ait pu être lié à la phase de refroidissement du Dryas récent, de nouvelles datations ont montré qu’il était nettement plus ancien.

Détaillées dans la revue Science Advances, celles-ci ont impliqué l’analyse d’échantillons des roches d’impact (sable partiellement fondu et cristaux de zircon choqués) situées dans des débris glaciaires apportés par les eaux de fonte en aval du cratère.

Cartes montrant l’emplacement du cratère d’impact Hiawatha dans le nord-ouest du Groenland (à gauche) et la forme de la surface terrestre sous la glace, avec le cratère clairement visible (à droite) — © Université de Copenhague

Les scientifiques du Musée d’histoire naturelle du Danemark et de l’Institut GLOBE de l’université de Copenhague ont chauffé le sable avec un laser, s’appuyant sur l’argon libéré par les grains pour dater l’impact, tandis que ceux du Musée suédois d’histoire naturelle ont utilisé la datation uranium-plomb pour le zircon. Les deux équipes se sont accordées sur un âge d’environ 58 millions d’années.

« La datation du cratère constituait un véritable défi. Il est donc très satisfaisant que deux laboratoires au Danemark et en Suède, utilisant des méthodes de datation différentes, soient arrivés à la même conclusion », souligne Michael Storey, co-auteur de l’étude.

Véritables capsules temporelles, les zircons permettent de dater de nombreux événements de l’histoire terrestre — © Gavin Kenny / Musée suédois d’histoire naturelle

Un Groenland bien différent

Aujourd’hui recouvert d’une couche de glace, le Groenland était évidemment bien différent à l’époque de l’impact. On estime qu’il abritait une forêt pluviale tempérée ainsi qu’une faune particulièrement riche.

Si la taille réduite du cratère d’Hiawatha par rapport à celui de Chicxulub (se révélant 6,5 fois plus large) suggère que l’impact n’aurait pas été aussi désastreux que celui ayant entraîné la disparition des dinosaures huit millions d’années plus tôt, il se serait toutefois révélé un million de fois plus puissant qu’une bombe atomique. Ce qui aurait été largement suffisant pour annihiler toute forme de vie dans un large périmètre et impacter durablement le climat à l’échelle locale ou mondiale.

Pour les auteurs de l’étude, la prochaine étape consistera à étudier des coupes géologiques du Paléocène afin d’identifier de potentiels signes de tels changements ou d’une extinction massive, semblant à ce stade peu probable.

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