
Il y a tout juste un siècle, l’archéologue Dorothy Garrod mettait au jour cinq fragments de crâne néandertalien sous un abri rocheux de Gibraltar. Leur analyse a profondément bouleversé notre compréhension de ces humains archaïques.
Des découvertes surprenantes
Si l’examen initial de ces restes préhistoriques a révélé qu’ils appartenaient à un très jeune individu masculin, leur âge reste encore aujourd’hui discuté. Alors que certaines études ultérieures sont parvenues à la conclusion qu’ils n’avaient pas plus de 30 000 ans, d’autres leur en donnaient 100 000 de plus.
En 2019, une équipe a procédé au séquençage génétique des os pétreux de l’enfant de la « Tour du Diable », puis comparé les données à celles obtenues à partir des restes d’un Néandertalien adulte mis au jour en 1848 dans la carrière voisine de Forbes. Il s’est avéré que ce dernier, baptisé « Gibraltar 1 », présentait une concentration d’ADN intact plus élevée que celle de l’enfant, désigné comme « Gibraltar 2 ».
Cette péninsule étant largement considérée comme l’ultime refuge de nos cousins disparus lors de la dernière période glaciaire, les chercheurs s’attendaient à ce que les deux individus aient vécu il y a entre 40 000 et 50 000 ans.
Étonnamment, le profil génétique de Gibraltar 1 s’est révélé nettement plus proche de ceux de Néandertaliens qui occupaient ce qui est aujourd’hui l’Allemagne et la Belgique il y a 120 000 ans, que de celui obtenu suite au séquençage de squelettes provenant de la grotte d’El Sidrón (nord-ouest de l’Espagne), vieux de 49 000 ans. Qualifiée d’inattendue, cette découverte suggère une occupation bien plus précoce de l’extrême sud de la péninsule ibérique par Homo neanderthalensis.

Un régime carnivore
L’analyse des restes de Gibraltar 2 a révélé un profil dentaire comparable à celui d’un enfant H. sapiens de trois ans, mais un volume cérébral nettement plus important. Une trajectoire de développement récemment appuyée par l’analyse de restes de bébés néandertaliens trouvés en Israël.
De son côté, l’examen des stries à la surface de ses dents a permis d’établir une correspondance étroite avec celles des populations inuites et des chasseurs-cueilleurs autochtones du sud de la Patagonie des XIXe et XXe siècles, dont les régimes alimentaires étaient essentiellement carnivores.
Un tel profil contrastait largement avec celui des Néandertaliens d’El Sidrón, qui semblaient consommer majoritairement des végétaux (pignons de pin, mousses…) ainsi que des champignons.
Également situé à Gibraltar, le réseau de grottes de Gorham a offert aux archéologues un aperçu unique du quotidien de nos cousins disparus.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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